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Les journaux de Jean-François Peyret, 2001 à 2008, sont téléchargeables ici

samedi 5 juillet 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 16 min

La question du théâtre. Ce que je devrais développer (dans le Th & son tr, ou pas), c’est que je ne suis plus certain que les idées que je caresse (j’aime encore tomber sur de la pensée ; le petit orgasme d’une pensée vivante, vive pour moi, – la viande) aient encore besoin du théâtre. Je disais que je ne pouvais « accéder » à la pensée que par le théâtre, incapable de parler, d’écrire que j’étais. Le théâtre comme un certain régime. Mais me retirant de tout, pourquoi je ne pourrais pas me contenter de lire les livres que j’aime, pensoter dans mon coin, comme on respire. Pourquoi je me sens obligé de faire du théâtre ? Ce ne sont plus des idées de théâtre. Pour le dire autrement, ce à quoi je m’intéresse intellectuellement n’a pas (ou plus) vocation à devenir ou faire théâtre. Le théâtre, c’est le théâtre.

Je me suis souvent dit, pendant le Galilée, que l’écart avait crû (comme le désert croît) entre ce que je pensais et  ce que j’étais capable de rendre au théâtre. Le théâtre, je le laissais venir. Au métier.

Au fait, Freddy m’apprend que Bibi, je cite, « est dans une ferme pédagogique…elle donne des cours et des leçons de vie en attendant d’autres contrats ». C’est vrai, je l’avoue, je ne pense que rarement à cette bestiole. Je ne suis pas certain d’aimer les truies.

Je n’arrive pas à écrire ; je n’arrive pas à trouver la bonne distance avec ma langue. Difficulté à passer de la langue du commerce, assez médiocre pour ce qui me concerne, avec les autres à la langue de la solitude. Il faudrait parler toute la journée une langue étrangère pour retrouver la sienne propre (maternelle ?) le soir. Me revient ce que disait Anders de l’allemand qu’il retrouvait le soir en Californie. Günther Anders : « lorsque je rentrais chez moi après avoir passé toute une journée à parler en anglais, j’enfilais pour ainsi dire ma chemise de langue allemande toute propre, et j’écrivais dans ma langue maternelle. » Isolat. Pourquoi ce mot ?

Il faut que je passe à autre chose, même si j’éprouve un malaise à abandonner quelque chose qui m’a laissé sur ma fin. Si je me disais, je me donne un temps limité et je note tout ce qui me passe par la tête au sujet de ce Tournant. Réminiscences ? Je pense à la main sur la statue de marbre. Je pense à ma main sur un corps bien vif et haletant. Comparaison ; philosophie. Écrire quelque chose sur le chatouillement. Puis : penser en ruinant la pensée de l’autre. Pas mal. C’est ainsi qu’on avance. Ensuite l’image d’un aquarium dans une cabine de bateau.

Et la clarté et l’ombre qui se changent en relief. Il aurait vraiment fallu traiter cela. Être à la hauteur de Galilée, lui-même entrepreneur de spectacles, révélant aux hommes dans le Messager céleste, des spectacles grandioses et absolument admirables ». Les images qui me restent de Galilée et que j’aurais voulu montrer :

-il explique l’Enfer de Dante

-il lit l’Arioste ; ou il l’annote.

-il regarde un lustre.

-il jardine

-il boit du vin

-il se livre à des expériences de pensée.

Sans oublier l’épisode de la cigale : Galilée, jeune homme voulut connaître le secret des cigales. Comprendre comment elles produisaient leur chant (cf. Saggiatore). Il fit l’inventaire de toutes les manières de faire du bruit ou de la musique, les chants d’oiseaux, les souffles de flûtes, le grincement des portes. Chaque fois qu’il le pouvait dans ses promenades, il recensait une nouvelle manière de produire un son.

—et la cigale ?

—ne comprenant pas, il décida de voir à l’intérieur de la bête, et ne réussit qu’à la tuer sans comprendre davantage. Le secret des cigales lui resterait à jamais caché.

En un sens le secret de Galilée me restera à jamais caché.

vexation

—Pas de vexation : réhabilitation de la Terre. Sortir de la souillure.

—Pas de vexation : « n’est-il pas vrai que c’est par la Terre que le corps même de la Lune ou quelque autre corps opaque et ténébreux est inondé de lumière ? Quoi d’étonnant ? Précisément : dans un échange équitable et amical, la terre rend à la Lune elle-même une illumination égale à celle qu’elle reçoit elle-même presque tout le temps au plus profond des ténèbres nocturnes. » (61)

« or, que la Terre soit errante, qu’elle surpasse la Lune en splendeur, et qu’elle ne soit pas la sentine des ordures et des souillures du monde, nous le démontrerons et nous le confirmerons aussi par d’innombrables raisons naturelles. » (61) Thème renaissant de la dignité humaine. « Quant à la Terre, nous ne cherchons qu’à l’anoblir et lui donner perfection quand nous nous appliquons à la rendre semblable aux corps célestes et, en quelque sorte, à la placer dans le ciel d’où vos philosophes l’ont bannie. » (62)

(cf.réponse de Montaigne)

Une courte scène pourrait tout résumer (la jouer ?) :

—Galilée, vous ne démontrez pas la rotation de la Terre autour du Soleil

­—Vous ne démontrez pas non plus qu’elle est immobile. Et de plus vous ne me demandiez pas de le prouver, c’est une farce. Vous ne pouviez pas me condamner pour ne pas avoir démontré la vérité de mon système puisque vous étiez persuadés de la vérité du système contraire et par conséquent qu’il ne pouvait pas y avoir de démonstration d’autre chose que ce à quoi vous croyez!

Ou alors il faudrait laisser le dernier mot à Pascal : « ce fut aussi en vain que vous obtîntes contre Galilée un décret de Rome qui condamnait son opinion touchant le mouvement de la Terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu’elle demeure en repos et si l’on avait des observations constantes qui prouvassent que c’est elle qui tourne, tous les hommes ensemble ne l’empêcheraient pas de tourner et ne s’empêcheraient pas de tourner avec elle. » (Provinciales II,18)

—dis-moi, tout ça fait juste 150 feuillets.

vendredi 4 juillet 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 16 min

Ce à côté de quoi nous sommes passés : que la Science a aujourd’hui une autorité semblable à celle que pouvait avoir l’Église par le passé. Nous aurions dû utiliser ce que Lassègue disait du millénarisme et de la question du salut. Notre société produit aussi des théories du salut (voir Al Gore) : l’homme détruit la planète, c’est la catastrophe ou selon moi un des effets de la dimension tragique de l’aventure scientifique. Al Gore n’en reste pas là : l’homme peut sauver la planète. Mais où j’ai mal compris Lassègue, c’est quand il lie cet espoir de salut avec la ou une crise millénariste. La fin des temps à cause de la technique ? Cette fois-ci, ce n’est pas une catastrophe naturelle qui annonce cette fin des temps, mais une catastrophe technique, si l’on peut dire. Mais est-ce la même chose ?

Vieille croyance : ce qui a été créé doit avoir une fin. C’était bien la peine de s’être désenchanté… Le vieux fonds religieux refait surface. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est increvable la vieille culpabilité. Toujours la réponse de Rousseau à Voltaire : si les hommes n’avaient pas construit des maisons de six étages (technique) à Lisbonne, le fameux tremblement de terre aurait été insignifiant. Rousseau n’aime pas les immeubles. À Lisbonne, il n’y aurait eu que des masures, les dégâts auraient été moindres. Certes. Et si à Manhattan les hommes avaient vécu dans des cases et n’avaient pas inventé l’avion…

C’est notre faute si la planète se meurt. Ou péché d’orgueil. Il faut que nous soyons responsables du cours de la nature.

mercredi 2 juillet 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 17 min

Retour à la case de l’été dernier. Je n’avais même pas vidé, en rentrant à Paris, ma caisse de livres (correspondant au Th et son tr). Je remets, ici dans la librairie, les livres à la même place dans les rayonnages. Pas beaucoup avancé. Vieilli d’un spectacle, c’est tout.

Toujours la valse hésitation à propos de L’Art de ne croire en rien. L’urgence de Nicky qui me presse à prendre une décision quant au décor me pousse à agir ; au fond je n’ai pas envie de me dégonfler. En même temps, quelle lassitude ! J’attends quoi de tout ça, même plus le plus checret succès. L’art de passer le temps ? Il serait passé sans ça, comme dirait Beckett.

Humour des académiciens qui se moquaient des stoïciens qui prétendaient que tout a été fait pour l’homme,

—et Dieu a aussi été fait pour l’homme ? Et toutes ces bêtes dans la nature qui sont hostiles à l’homme, faites aussi pour lui ? (rires)

—il se peut que l’utilité de maintes choses ne soit pas encore apparue…

La révélation progressive comme progrès.

L’idée de Bruno que nous, les Modernes, sommes les plus vieux. « Nous qui sommes présents en ce moment, sommes plus vieux, plus avancés en âge que nos prédécesseurs. » Être Ancien, c’est être jeune. Michelet reprendra l’idée : Virgile est plus vieux qu’Homère. Borgésisme.

Le plaisir de connaître. Dès le Timée. « Un plaisir sans remords ». Comme un jeu qui consiste à résoudre des énigmes. Lié à l’idée (les Lois) que l’homme a été créé pour être un amusement pour les dieux. C’est sa plus belle part. L’art mais aussi le discours sur la nature comme amusements offerts aux dieux. Mais il s’agit au bout du compte, pour Platon, de vivre la vie excellente proposée par les Dieux. Contemplation, contemplation.

—nous n’avons qu’à nous interroger nous-mêmes pour savoir à quel point nous émeuvent les mouvements des astres, les contemplations des choses célestes, les efforts pour connaître tout ce que la nature voile d’obscurité

—Aristote

—oui, Aristote, Partie des animaux.

—ou Cicéron ?

—ou encore : une  des plus nobles activités, c’est l’observation et l’étude des choses célestes ainsi que celle des choses que la nature tient cachées et loin de nos regards.

La nature comme spectacle varié : elle aime à se travestir. C’est une artiste. La nature joue aux dés. Redite.

La connaissance comme fête spirituelle. Ou ascèse intellectuelle (Monod) ? Éthique de l’objectivité.

Art et science ; dès la naissance de l’esthétique, Baumgarten affirme qu’à côté de la vérité logique, il y a place pour une vérité esthétique. L’éclipse vue par l’astronome et la même contemplée par le berger et sa bien-aimée… De là aussi la question du sublime ; l’océan des poètes. Et le désintéressement, le Beau et le Bien unis.

—prendre un intérêt immédiat à la beauté de la nature est toujours le signe d’une âme qui est bonne. Kant.

—l’art ne voit pas le grand livre de la nature écrit en langage mathématique, mais il apprend à voir les phénomènes. Goethe. Il s’agit de dessins, non de formules…

En fait les scientifiques ne sont pas désintéressés.

Isis/Baubô : Nietzsche se souvient de la nuit de Walpurgis de Goethe : « la vieille Baubô vient toute seule, elle chevauche sur une truie. » (Faust I vers 3962)

Le désir de connaître comme dévoilement d’un corps féminin et possession sexuelle. Ce que Sartre appelle le complexe d’Actéon. (L’Ëtre et le néant Tel p. 624)

Le scarabée dans l’arrosoir vu par Hofmannsthal : la présence de l’infini. (Lettre de Lord Chandos, one more time).

Au bout du compte les philosophes ont abandonné la Nature aux scientifiques pour s’absorber dans la pensée de l’Être.

jeudi 3 juillet 2008

L’obsession du niveau technique chez Brecht. Qu’est-ce que cette obsession de la technique lui a coûté littérairement ? (On pourrait parodier Walter Benjamin, affirmant que l’homme est devenu « la cinquième roue du carrosse de sa propre technique ».)

Si j’avais écrit ma thèse, j’aurais répondu : ça lui a coûté de passer à côté de la question du tragique, même à côté de la « tragédie du spécialiste », comme a dit Eisler à propos du Galilée. L’obsession aussi de la trahison (ce que Müller avait sans doute bien compris) : voir aussi la  trahison de l’étudiant Pätus dans son adaptation du Précepteur de Lenz en 1951. Pätus, disciple de Kant et des Lumières, finit par écrire une dissertation sur la « guerre, mère de toutes choses » pour obtenir un poste à l’Université. Brecht commente :  »voici le point qu’on ne peut plus justifier avec des raisons philosophiques, où l’on ne peut plus rien expliquer; même kant ne contient aucun argument qui pourrait justifier la trahison ». Au fait, pourquoi Kant pourrait fournir des arguments pour justifier la trahison. Baroque.

La question du personnage. Contradiction chez Brecht : il ne liquide pas le « caractère » (aristotélisme ?) ; il veut sauver l’individu contre les masses : le 22 mai 1944, il écrit dans son journal : « La procession des personnages s’allonge. Baal, Garga, Shlink, Maë Garga, Eduard, Gaveston, Königin Anna, Galy Gay, Begbick, Joan Dark, Mauler, Wlassowa, Callas, Iberin, Judith Callas, Galilei, Shen Te, Sun, Der Wasserverkäufer, Mutter Courage, Die stumme Kattrin, Puntila, Matti, Ui, Malfi, Der Herzog, Simone, Grusche, Azdak.

Il s’agit donc bien de créer des rôles pour un répertoire. Adorno contre le personnage (l’individu est liquidé…) : inventer des intrigues et des personnages est une « falsification ».

mardi 1er juillet 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 14 min

Arrivé à La Roque. Tout pareil, tout différent. Je suis dans ma librairie. Je dérange une chauve-souris ; elle est très belle. Faudrait-il davantage agir, faire ?  J’’écoutais dans la voiture Stéphane Braunschweig parler de Siegfried. Peut-être aurait-il fallu ne pas arrêter ? Mais je suis constamment en arrêt. Arrêt de travail ? Ah ! comme j’aurais aimé exercer un métier. Exercer, joli mot. Désinvolture, j’aurais tout fait avec désinvolture, mais avec aussi une telle angoisse, ce qui fait que…

Nietzsche écrit : « la vérité est laide : nous avons l’art afin que la vérité ne nous tue pas ». Commentez et discutez. Tous documents autorisés.

lundi 30 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 13 min

Les deux cultures, ça ne date pas d’hier. Comme le dit Cicéron (cité par Hadot) : « Socrate fut le premier à détourner la philosophie des choses qui ont été cachées et enveloppées par la nature elle-même, dont s’occupaient les philosophes antérieurs à lui, et à la ramener au plan de la vie humaine. » Le philosophe disqualifie la science.

Le plan de la vie humaine : c’est bien toujours l’objet du débat. Est-on certain que c’est pour ne pas parler des choses qui dépassent l’homme ? En somme par modestie intellectuelle ? Après tout, si la nature s’est cachée, ce n’est pas pour rien, pas pour qu’on la dévoile. En plus, ce n’est pas intéressant. Contentons-nous de bien vivre, moralement et politiquement. Idée adjacente : vouloir « connaître » la Nature, c’est la forcer, la violer ; la torturer aussi. Il faudrait la caresser, la Nature ?

—mais moi, je dis que la Nature est hostile, jalouse de garder ses secrets, etc.

—les secrets de la nature se révèlent plutôt sous la nature des expériences que lorsqu’ils suivent leur cours naturel.

—Francis Bacon

—oui, Francis, le même qui dira : «Laissons le genre humain recouvrer ses droits sur la nature, droits dont l’a doué la munificence divine .»

—ça me rappelle la Genèse : « croissez et multipliez-vous et remplissez la terre et dominez-la. Commandez aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes qui se meuvent sur la terre.

—CUVIER : l’observateur écoute la Nature, l’expérimentateur la soumet à un interrogatoire et la force à se dévoiler.

Hadot propose d’appeler prométhéenne l’attitude qui veut découvrir avec ruse et violence les secrets de la nature.

—ou les secrets des Dieux

—oui

—et l’on peut imaginer qu’on n’utiliserait, pour comprendre la nature, que le raisonnement, l’imagination, la poésie ?

—Orphée

—mais Orphée veut aussi découvrir les secrets de la Nature et des Dieux

—oui, mais de manière non-violente, par la mélodie

—c’est le chant contre la science

—le chant est existence (Rilke)

La question est-elle celle des mystères de la Nature ? La science ne les percera jamais.

sapere aude

—altum sapere pericolosum ( cf.Noli altum sapere de saint Paul)

Il faudrait vraiment comprendre en quoi consiste le péché d’orgueil.

Prométhée tragique : il y a dans l’attitude prométhéenne le désir de secourir l’humanité. Mais si cela se retourne contre l’homme ?

—pour le bien général de tous les hommes

—Descartes

—par la Nature, je n’entends point ici quelque Déesse ou quelque autre sorte de puissance imaginaire, mais je me sers de ce mot pour signifier la Matière même.

—    Descartes encore !

La nature comme spectacle ou comme processus.

Un relais nécessaire dans ce voyage, Rousseau, évidemment et Le Discours sur les sciences et les arts. Est-ce que la science, que le dévoilement est un vain souci ?

—sommes-nous donc faits pour mourir attachés au bord du puits où la vérité s’est retirée ?

Les instruments. Machine ou pas ? La ruse mécanique récusée par Goethe : seule la saine raison ou encore la perception et la description esthétique permettent d’appréhender la Nature. « Microscope et télescope ne servent qu’à ahurir la saine raison. » (Maximen u. Reflexionen §469). Cela ne nous mène-t-il pas à la critique heideggérienne du dispositif ? Et alors l’art serait pour l’homme le moyen de retrouver un rapport authentique à l’Être et à lui-même. À la tienne.

Heisenberg pense que dans le monde marqué par la technique, l’homme ne rencontre plus que lui-même. Encore un pas, et cette technique sera la démesure de l’homme ; dans sa technique, il ne se rencontrera plus, ne se reconnaîtra plus, aura mis en place quelque chose d’incommensurable avec lui (Anders).

Hadot, pour la version, le versant orphique, celui qui n’utilise que les ressources du discours philosophique ou poétique, conseille, après le Timée, L’Art poétique de Claudel et l’Esthétique généralisée de Caillois. Ah bon ! La poésie : retrouver dans le mouvement du discours le mouvement de la genèse des choses. Il faut imaginer un jeu poétique imitant le jeu artistique de ce poète de l’univers qu’est la divinité.

Une autoroute encombrée devant soi : l’œuvre d’art comme connaissance. Du mal à me faire au coup de la « co-naissance », que je crois un peu comprendre, mais qui demeure une inanité. De quel droit l’artiste s’arroge-t-il le privilège d’épouser le mouvement créateur de la Nature ? Qu’est-ce que cela signifie ? Sort-on du vraisemblable ? Hadot le dit bien : « le Timée est donc un récit qui ne prétend qu’à la vraisemblance ». Ce qui aurait pu se passer. Est-ce à dire que cela nous suffit, cela suffit à apaiser nos craintes, que cela répond à nos questions, et que notre cerveau est content. Et il y a déjà de la géométrie dans l’air (les plus beaux triangles). Le monde tel qu’il nous apparaîtrait s’il était construit selon une certaine raison (l’humaine). Descartes ne procède pas différemment.

C’est discours rationnel (et en un certain sens poétique) contre pratique expérimentale. Les belles conjectures, comme on dit les belles infidèles ?

dimanche 29 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 12 min

Je pourrais imaginer un exercice de théâtre pour les écoles (idée d’hier) à partir du Timée. Ça nous conduirait à Darwin.

Aristote danseur : « la nature est un principe de mouvement intérieur à chaque individu », traduit Hadot. La pierre, j’aurais envie de dire la pomme en pensant à Newton, veut rejoindre son endroit naturel qui est le bas.

L’artiste fait violence à la matière pour imposer la forme. La nature évolue, comme de l’intérieur. L’évolution, un travail qui donne forme à la matière de l’intérieur. On dirait du Marsile Ficin. D’où l’idée que tout ce qui est vivant est intelligent (voir Les Anatomies de la pensée).

Il serait toujours  loisible, à propos de la mécanisation de la nature, de citer le poème de Schiller « Les Dieux de la Grèce » : « le globe de feu sans âme (qui) tourne sur lui-même ». Ou Rilke dans les Les sonnets à Orphée : « Ils sont remontés au ciel ces dieux qui rendaient la vie belle. »

Est-ce que l’on trouve le Traité du Ciel et du Monde de Nicolas Oresme, 1377 tout de même ?

La Nature est-elle au grand jour, « mystérieuse au grand jour », comme dit Goethe ?

samedi 28 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 14 min

Incapable de toute initiative quant à L’Art de ne croire en rien. Serais-je même en mesure d’analyser cette impuissance ? Trouver l’astuce, comme j’en étais capable de la faire au moment de Traité des passions 2. La basse astuce, peut-être. Mais je suis tombé dans le trou.

À défaut, d’autre activité cérébrale, je lis Nature. Toujours à glaner, comme je dis. Alan Alda, l’acteur, est paraît-il fasciné par la physique. Il a joué Richard Feyman dans QED. Vient de faire un spectacle à partir des lettres d’Einstein : Dear Albert. Il avait pensé faire un spectacle sur Marie Curie (les lettres). Tout ça au motif que les scientifiques sont des personnes et pas seulement des cerveaux. Une découverte. Mais il a été découragé de travailler sur les lettres de Marie Curie parce qu’elles sont en français et encore radioactives.

Pourtant Einstein n’aimait pas le « merely personal ». Albert qui ne parvient pas à se décider : épousera-t-il sa seconde femme (Elsa) ou sa fille (Ilse) ? Matière à théâtre.

« Art & science » : une recension sur le livre de Gavin Parkinson Surrealism, Art and Modern Science. Parkinson souligne l’importance de Bachelard. Illustration par un tableau de Matta, Le vertige d’Eros. Là où Parkinson paraît être très efficace

Ce qui me fait rêver : c’est que les références sont essentiellement françaises. C’est là que ça se passait. Autre temps.

Il est aussi question d’un film sur Kandel (par Petra Seeger). Enfance juive viennoise. Je n’ai pas assez lu son livre, prêté par Alain, livre sur la mémoire, qui commence aussi par des souvenirs personnels. Encore un Viennois.

Il faudrait préparer du matériel de travail pour les générations à venir sur « science & théâtre ». Puisque je n’ai pas d’occasion de travailler, ce serait un passe-temps comme un autre. Mais je sens que je suis incapable d’une idée neuve.

Thomas Ferrand, dont je vois le spectacle (?) ce soir chez Rambert (Un Hamlet de moins), -encore Nietzsche, un Hamlet de moins, ce n’est pas un drame- me propose,

—puisque tu vas claquer bientôt,

de faire une série d’enregistrement vidéo où je pourrais étaler ma pensée…

La performance qui ne donne rien à penser et pas même grand-chose à sentir. L’art n’a d’autre fin que lui-même, on dirait.

vendredi 27 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 11 min

Passé de l’autre côté  hier soir. Ironie et douceur. Me sens l’obligation, mais pas très ardente, de revenir sur ces années d’université. Qu’est-ce que j’ai été foutre dans cette galère ? Comme si de rien n’avait été. J’aurai fait rire les « collègues »…

jeudi 26 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 10 min

Pour un peu je serais ému comme un collégien. Dommage qu’on ne dise pas ému comme un étudiant.

Pierre Kuentz et JP Sartre : je pense à un des textes les plus émouvants de Deleuze :

« Les penseurs privés d’une certaine manière s’opposent aux professeurs publics. Même la Sorbonne a besoin d’une anti-Sorbonne, et les étudiants n’écoutent bien leurs professeurs que quand ils ont aussi d’autres maîtres.

Parler depuis sa solitude et depuis un certain désordre. Parler en son nom propre et sans rien représenter. S’adresser aux autres du seul point de vue de leur liberté.

Une époque révolue.

Enterrer ma vie d’universitaire. En fait ma vie d’étudiant. Je vous livre les fruits d’une demi-nuit d’insomnie. Qu’est-ce que j’enterre ? Il faut bien que je rende compte d’une vie, que je rende des comptes ? Nous sommes en compte.

Qu’est-ce que j’ai fait là ? Piété, je suis resté par piété ; on ne quitte pas sa mère qui meurt

Le traître : n’ai jamais écouté mes professeurs. Je pensais à autre chose.

Non-professeur professionnel.

Baroque : déguisement et trompe-l’œil.Je n’ai pas dit un mot pour faire plaisir à ma hiérarchie, ne l’ayant du reste pas rencontrée. Prédominance de la façade. De Montaigne au Bernin. Plutôt les contraires, pas très harmonieux. Pas Circé et le paon ; le paon n’est pas mon fort.

Ma première pensée va à deux personnes : Pierre Kuentz et Jean-Paul Sartre

« Le Mort joyeux » :

Je hais les testaments et je hais les tombeaux

Implorer une larme du monde

une terre grasse et pleine d’escargots

et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’ombre

Janotus de Bragmardo

Gargantua XIX

Ah ce serait bon que vous rendissiez les cloches ; et je devais dégoiser sur le mot terrestrérité, le jour où  l’homme avait mis le pied sur la lune. Obtenir quelque chose par sa harangue, c’était la situation de ma leçon : J. espérait obtenir six pans de saucisses et une bonne paire de chausses, moi une petite paye pour la vie ; Rhétorique. Un homme de bon sens ne les dédaignera pas (L’Ecclésiaste) Date nobis clochas nostras. Employer des formules sans se préoccuper de leurs sens, c’était un excellent conseil professionnel et académique. Valete et plaudite. Calepinus recensui. (formule de commentateurs pour annoncer qu’ils avaient fini la copie d’un manuscrit).

Formule de la comédie latine, disait la note : pour moi la comédie est finie.

mardi 24 juin 2008

Classé dans : Journal 2008-1 — admin @ 22 h 09 min

Conversation avec Dork, sur Godard, essentiellement et l’idée de maquette (Beaubourg). Godard est le cinéma, comme il a pu dire que Bergman l’était aussi. Pouvoir dire d’un artiste qu’il est son art. Grüber était le théâtre. Il n’a pas eu à lui survivre. Il est certain qu’on ne peut pas dire que je suis le théâtre. Je ne suis rien du tout.

Pourrait-on dire que Montaigne est la littérature ?

« Toute nature aspire à sa mort » (Léonard de Vinci, revu par Ravaisson). Comprendre pour soi-même ce que cette aspiration à la mort représente (signifie, se manifeste). C’est le mot d’aspiration qui est difficile. Aspiration n’est pas désir (pur désir de mort, etc.). Pas tout à fait la même chose que saint Paul dit qu’il désire être dissous.

L’opposition science/littérature (ou philosophie ou même art) remonte au discrédit socratique à l’égard de ceux qui veulent étudier la Nature. C’est l’âme qui importe. Nous vivons encre là-dessus. L’âme est le plus originel. Nous avons assisté à la revanche des scientifiques. La nature, non seulement se cache, mais surtout elle est aveugle. Pour Platon, le principe des choses est une force intelligente ; c’est l’âme. Je ne puis que suivre Hadot là-dessus. (Voir les livre X des Lois qui oppose la nature à l’âme.) Ou Le sophiste qui explique la primauté de l’âme sur la nature (les éléments). Curieux geste au demeurant : on dirait que le fait que la nature agisse spontanément et sans réflexion disqualifie le fait d’essayer de comprendre comment elle travaille, comme dirait Picasso, que la pensée de la nature est elle-même une pensée sans réflexion. La science ne penserait pas parce que la nature ne pense pas ! Ou alors il faut se dire que la nature est le produit d’une pensée divine. Fondation d’une tradition.

Que la nature soit un art divin (ou le produit d’un art divin) ne nous tire pas d’affaire, au contraire. D’abord parce que la pensée de Dieu est impénétrable (on ne peut que géométriser cette nature), et elle est en perpétuel mouvement. Elle n’est pas éternelle comme le sont les Idées…

Il aurait fallu appeler le spectacle : Ferveur de Galilée.

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