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Les journaux de Jean-François Peyret, 2001 à 2008, sont téléchargeables ici

lundi 31 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 15 min

Existence absurde à baigner toujours dans le même jus. À rancir dans Montaigne. Ferais peut-être mieux de me promener au Tibet. Un exemple. Et ce théâtre qui n’est pas tout à fait ça (parce que je n’y crois pas ?). Il m’occupe l’esprit. S’occuper l’esprit pour, allez, je vais citer encore une fois, la phrase clé de ma dramaturgie, c’est malin :

—mais je trouve, variam semper dant otia mentem, que au rebours, faisant le cheval échappé, il se donne cent plus d’affaire à soi-même, qi’il ne prenait pour autrui ; et m’enfante tant de chimères et monstres fantasques…que pour en contempler à mon aise l’ineptie et l’étrangeté, j’ai commencé de les mettre en rôle, en espérant avec le temps lui faire honte à lui-même (I, 23 ?)

Le gros cerveau qui veut se faire honte à lui-même, et pas l’orgueil de défendre, au prix d’acrobaties rhétoriques, sa vérité. Montaigne toujours en dessous (l’ironie) ; L’ironie n’étouffe pas Galilée de la même manière. Galilée et Montaigne ? Lire à la fois les Essais et le Discours sur les deux systèmes du monde, qu’est-ce que cela veut dire, au moins : quelle expérience est-ce ?

L’ataraxie (comme paix intellectuelle, ie tenir son cerveau en respect ou avoir la paix avec lui) par la création théâtrale.

Au début de L’Apologie, m2m dit bien qu’il n’est pas théologien. Et ce n’est pas la peine d’essayer d’expliquer la croyance par des raisons naturelles (raisons humaines). La foi à part ; pas du tout B16. Il faut une faveur extraordinaire de Dieu pour qu’il loge en nous cette croyance. Mais, au delà du débat sur la Grâce, c’est un brûlot. Car si Dieu nous prive de cette faveur, il n’y a plus qu’à laisser tomber, et ne pas croire.

—qu’est-ce qu’il se passe si Dieu n’a pas la bonté de nous éclairer ?

—nous ne sommes pas capables par nous-mêmes de comprendre cette vérité, sinon les génies de l’Antiquité, « tant d’âmes rares et excellentes, et si abondamment garnies de forces naturelles ès siècles anciens, n’eussent pas failli par leur discours d’arriver à cette connaissance ». C’est la foy seule qui embrasse vivement et certainement les hauts mystères de notre religion.

Raison et foi : la raison peut accompagner la foi, embellir, étendre et amplifier la vérité de sa créance

dimanche 30 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 15 min

Me voici donc retombé dans Montaigne, la tête la première. « Tout mouvement nous découvre ». La bonne nouvelle. Il faut faire attention à chaque geste, chaque parole. Au passage, je lis  des petites choses sur Montaigne. Pédants, pas morts. Rien de moins montaignien que de faire des thèses sur Montaigne. Au moins ma paresse et ma « bonne foy » m’auront épargné cela. J’aurai essayé de m’essayer ; que l’on me reconnaisse au moins ce petit mérite.

La bipolarité dramaturgique, c’est bien Montaigne et Galilée. C’est sérieux. Dans de beaux draps, c’est que ce cochon de m2m est copernicien. Donc : de deux usages de Copernic, du décentrement. Deux passions différentes…

Ce sur quoi, il faut avancer, c’est sur le nombre et la nature des pistes (chaînes de Markov). Le plus délicat.

Développer la fille d’alliance ? M2M parle de sa fille ; Virginia parle de son père. Dans un ordre d’idées pas si différent, on pourrait avoir un fichier Thalès et la servante de Thrace. Marie, celle qui rencontre son Thalès mais qui ne veut pas le rôle de la servante de Thrace.

Marie : « J’ay pris plaisir à publier en plusieurs lieux l’esperance que j’ay de Marie de Gournay le Jars, ma fille d’alliance, et certes aymée de moy beaucoup plus que paternellement, et enveloppée en ma retraite et solitude, comme l’une des meilleures parties de mon estre. Je ne regarde plus qu’elle au monde . Si l’adolescence peut donner presage, cette ame sera quelque jour capable des plus belles choses, et entre autres de la perfection de cette très sainte amitié où nous ne lisons point que son sexe ait peu monter encore. La sincerité et la solidité de ses meurs ys sont dejà bastantes, son affection vers moy plus que sur-abondante, et telle en somme qu’il n’ay a rien à souhaiter, sinon que l’apprehension qu’elle a de ma fin, par les cinquante cinq ans qusquels elle m’a rencontré, la travaillast moins cruellement. Le jugement qu’elle fit des premiers Essays, et femme, et en ce siecle, et si jeune, et seule en son quartier, et la vehemence fameuse dont elle m’ayma et me desira long temps sur la seule estime qu’elle en print de moy; avant m’avoir veu, c’est un accident de très-digne consideration.« 

Ses œuvres parurent en 1626 sous le titre Ombre de la demoiselle de Gournay avec l’épigraphe : «  L’homme est l’ombre d’un songe, et son œuvre son ombre « . Elle, elle ne se maria pas, et ne finit pas dans un couvent.

Tallemant des Réaux : «  Mademoiselle de Gournay estoit une vieille de fille de Picardie, et bien demoiselle, Je ne sçay où elle avoit esté chercher Montagne, mais elle se vantoit d’estre sa fille d’alliance. Elle sçavoit, et elle faisoit des vers, mais meschans. Malherbe s’estant mocqué de quelques-uns de ses ouvrages, elle, pour se venger, alla regratter la traduction qu’il avait faitte d’un livre de Tite-Live qu’on trouva en ce temps-là, où il avoit traduit : Fecere ver sacrum par ils firent l’execution du printemps sacré. (…)

M. le comte de Moret, le chevalier de Bueil et Yvrande luy ont fait autrefois bien des malices. (…)

Ces pestes luy supposerent une lettre du roy Jacques d’Angletterre, par laquelle il luy demandoit sa Vie et son portrait. Elle fut six sepmaines à faire sa Vie. Après elle fit barbouiller, et envoya tout cela en Angleterre, où l’on ne sçavoit ce que cela vouloit dire. On luy a voulu faire accroire qu’elle disoit que la fornication n’estoit point peché ; et un jour qu’on luy demandoit si la pederastie n’estoit pas un crime :  » A Dieu ne plaise,  » respondit-elle,  » que je condamne ce que Socrate a pratiqué.  » A son sens la pederastie est louable ; mais cela est assez gaillard pour une pucelle.  » (…)  »

Sur la filiation, il faudra bien que je case la citation fameuse :

—quel monstre est-ce, que cette goutte de semence de quoi nous sommes produits porte en soi les impressions, non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et des inclinations de nos pères (II, 37)

« Il y a toujours un pays au-delà ». En voilà un titre !

Une belle phrase de Marie : «L’homme est l’ombre d’un songe, et son oeuvre est son ombre.»

Ma curiosité pour les vivants, à condition qu’ils soient morts. Intérêt pour les mortels.

En quoi la science serait la gibier de mon théâtre ?

Comment on pourrait accrocher ce roman à Galilée (alors que Marie s’intéresse surtout à l’alchimie ?). Grâce à Jacques Le Pailleur qui s’était, bien que farceur et pauvre (il échangeait un livre dès que lu), découvert une passion pour les mathématiques. En 1635, quand Mersenne ouvre son « académie » toute mathématique, il y associe Le Pailleur. Il avait fait quelques vers pour un ami qui lui demandait son sentiment de l’opinion de Galilée touchant le mouvement de la terre :

En un mot, je hais la science :

Mais j’aime la belle Ignorance.

J’aime cette divinité

Qui me donne la liberté

De tout penser et de tout dire.

Reste le gros morceau : L’Apologie que je dois, toutes affaires cessantes, descendre demain (tout à l’heure).

samedi 29 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 13 min

Je parcours rapidement la communication de C T-B. Tire ceci :

-l’exemple de l’homme d’Argos (ch. XXXVIII p.156)., qui passait ses journées au théâtre, seul, applaudissant aux merveilleuses tragédies qu’il croyait voir alors que la scène était vide. Des amis lui administrent des remèdes qui le guérissent de sa folie ; revenu à lui l’homme d’Argos leur reproche amèrement de lui avoir ôté l’illusion charmante qui l’aidait à vivre

« Y a-t-il une différence, à votre avis, entre ceux qui dans la caverne de Platon admirent les ombres et les simulacres des différentes réalités, pourvu qu’ils ne désirent rien d’autres et ne soient pas mécontents d’eux-mêmes, et d’autre part le sage sorti de la caverne et contemplant la vraie réalité ? […] Ou bien il n’y a pas de différence ou bien, s’il y en a une, la condition des fous est préférable, d’abord parce que leur bonheur leur coûte très peu, juste un peu de croyance, ensuite parce qu’ils en partagent la jouissance avec un très grand nombre. » (Ch XLV, p.168

À supposer que j’aie quelques munitions sur Épicure, par où continuer ? Je ne parle pas de ce que je dois encore emmagasiner de l’œuvre (ou bio) de Galilée (je veux dire : de quoi a-t-on besoin, notamment du Discours sur les 2 systèmes du monde) : au fond qu’est-ce que Jeanne peut revendiquer de l’œuvre du père ; qu’est-ce qu’elle défend ? La grandeur intellectuelle. Le désir de savoir et la capacité de lire le grand livre de la nature ?

Mais côté Perrier, il y a encore à rassembler : quelque chose avec les sceptiques. Pas trouvé grand-chose du côté de Pyrrhon, sinon qu’il a vécu probablement 90 ans, et que le type est assez plaisant.

Pyrrhon

—on dirait que c’est Montaigne  qui parle., lui qui définit la secte des pyrrhoniens « le plus sage party des philosophes », II, XV, A, 612.

—ce que j’aime bien chez Pyrrhon, c’est qu’il n’évitait rien, ne se gardait de rien, supportait tout, au besoin d’être heurté par un char

—nous dirions une voiture

—ou de tomber dans un trou, d’être mordu par des chiens

—il ne se fiait pas à ses sens ?

—mais il était protégé par ses gens qui l’accompagnaient.

—il a été peintre ?

—au début de sa vie, oui.

—il alla vivre dans la solitude

—voulait pas fréquenter la cour des rois

—ça, ça me plaît.

—si on le quittait au milieu d’un entretien, il continuait son discours pour lui seul

—un jour où Anaxarque était tombé dans une mare, Pyrrhon passa à côté de lui sans lui porter secours. On le lui reprocha. Seul Anaxarque le loua d’être réellement indifférent et sans passions.

—Épicure demandait constamment de ses nouvelles

—à cause de lui, on accorda à tous les philosophes l’exemption d’impôts

—il avait une fille ?

—il vécut pieusement avec sa sœur qui était sage-femme

—décidément !

—elle s’appelait Philista ; il allait au marché vendre de la volaille ou des cochons

— ( grognements )

—et faisait lui-même le ménage chez lui

—citait souvent Homère

Comme est la nature des feuilles, telle est celle des hommes

—meurs donc sans gémir ; Patrocle aussi est mort, qui était bien meilleur que toi

—Posidonius raconte l’histoire suivante : il était sur mer ; ses compagnons avaient peur de la tempête, et lui, bien tranquille, gardait son âme forte et, montrant dans le navire un petit cochon qui mangeait, il dit que le sage devait garder la même indifférence.

— (grognements)

—les sceptiques passent leur temps à détruire les dogmes des autres et n’en établissent aucun pour leur part. Ils ne définissaient rien eux-mêmes pas même le  fait qu’ils s’abstenaient de définir.

—« nous ne définissons rien, parce qu’ils ont défini, et nous exposons les théories des autres, pour montrer par contraste que notre réflexion est plus sérieuse »

—leur expression : « ce n’est pas plutôt… »

—un pirate n’est pas plutôt méchant que menteur

­—il est impossible de connaître la nature des choses ; ce qui est grand paraît petit

—ce qui est carré paraît rond

—ce qui est lisse paraît bossué

—ce qui est droit paraît oblique

—ce qui est pâle paraît coloré

—alors…

—le soleil parce qu’il est loin paraît petit

—les montagnes vues de loin paraissent légères et transparentes comme de l’air

—et de près fort massives

—le soleil est différent à son lever et à son midi

—le même corps est différent vu dans un bois  ou vu dans un terrain nu

—la statue diffère selon sa position

—et le col du pigeon selon la façon dont il se tourne

—les tremblements de terre n’étonnent pas ceux chez qui ils se produisent fréquemment

—pas plus que nous nous étonnons de voir le soleil, parce que nous le voyons tous les jours.

Est-ce que cet ensemble Pyrrhon peut faire un petit sketch ? Mais difficile à articuler avec le matériau Galilée.

Il faudrait introduire l’histoire, laisser tomber l’affaire Galilée, (n’en parler qu’allusivement), et arriver à aujourd’hui : critique du savoir, pas à l’antique. Lié à l’aventure européenne de la science. Dossier Husserl, Adorno et des choses plus récentes.

Mais d’abord M2M : lecture de Marc Foglia.

Montaigne est favorable aux thèses de Copernic, ce n’est pas parce qu’il les juge vraies, mais parce qu’elles ont pour effet de relativiser la place de l’homme dans le monde. Thèse de la vexation, de l’humiliation. Ce qui n’est au fond pas la thèse de Galilée.

Ce qui rapproche l’œuvre de Copernic de la philosophie de Montaigne, au fond, c’est l’expérience du décentrement.

Si l’on considère que l’effet philosophique du De Revolutionibus est d’expulser l’homme hors du centre de l’univers, et de le reléguer sur la planète terre à un rang cosmique marginal, cet effet ne revêt, aux yeux de Montaigne, rien d’extraordinaire. Pourquoi ce décentrement apparaît-il dans les Essais comme normal ? C’est indépendamment de la question de la vérité scientifique et de la communauté scientifique, dont Montaigne ne faisait pas partie, que l’on doit ici réfléchir. Nous avons déjà évoqué l’absence d’obstacle cosmologique ou religieux dans une vision du monde fortement teintée d’épicurisme. Il faut souligner encore que le philosophe Montaigne pratique avec assiduité le décentrement. Le chapitre I 23 des Essais vise par exemple un décentrement par rapport à nos certitudes morales. Ces certitudes, que nous ancrons dans la conscience, doivent être en réalité rapportées à la société dans laquelle nous vivons. Un référent moral plus large, la coutume – que nous appellerions aujourd’hui « la société » – doit décentrer l’individu par rapport à lui-même.

« Ici on vit de chair humaine ; là c’est office de piété de tuer son père en certain âge ; ailleurs les pères ordonnent, des enfants encore au ventre des mères, ceux qu’ils veulent être nourris et conservés, et ceux qu’ils veulent être abandonnés et tués ; ailleurs les vieux maris prêtent leurs femmes à la jeunesse pour s’en servir (…) » (I,23,114a).

La croyance, c’est le breuvage de Circé. III,13 : « C’est à la coutume à donner forme à notre vie comme il lui plaît ; elle peut tout en cela, c’est le breuvage de Circé. »

—Les lois de la conscience, que nous disons naître de nature, naissent de la coutume : chacun ayant en vénération interne les opinions et mœurs approuvées et reçues autour de lui, ne s’en peut déprendre sans remords, ni s’y appliquer sans applaudissement. I,25,115a

—qu’est-ce que tu te croyais ? le centre du monde ?

Dans le système de Copernic, l’observateur idéal doit se déplacer jusqu’à adopter le point de vue du soleil, pour comprendre l’harmonie de l’univers. Montaigne pratique et fait pratiquer à son lecteur le décentrement, lorsque ce décentrement est une condition pour mieux juger. L’imagination joue ici un rôle essentiel, comme le montre l’exemple de celui qui « embrassait l’univers » comme s’il s’agissait de sa ville.

«Il se tire une merveilleuse clarté, pour le jugement humain, de la fréquentation du monde. Nous sommes tout contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à Socrate d’où il était. Il ne répondit pas d’Athènes, mais du monde. Lui, qui avait une imagination plus pleine et plus étendue, embrassait l’univers comme sa ville, jetait ses connaissances, sa société et ses affections à tout le genre humain, non pas comme nous qui ne regardons que nous. Quand les vignes gèlent en mon village, mon prêtre en argumente l’ire de Dieu sur la race humaine, et juge que la pépie en tienne déjà les Cannibales»I,26,157a

—je suis décentré donc je perds en importance

—Ce grand monde, que les uns multiplient encore comme espèce sous un genre, c’est le mirouër où il nous faut regarder pour nous connaître de bon biais (I,26,157a). C’est aussi à ce moment-là que notre imagination devient et se doit de devenir plus grande que notre expérience. La difficulté est d’être encore capable d’imaginer et de ne pas être un simple téléspectateur.

« L’usage fautif de l’imagination consiste à généraliser sa situation particulière, au lieu de la ressaisir comme particulière. »

Rapport au stoïcisme :

L’expérience proposée ici par Montaigne se rattache à la tradition stoïcienne. L’exercice relativisant de l’imagination est en effet, chez les Stoïciens, un exercice mental à finalité morale, exercice destiné à assurer l’ataraxie du philosophe. En réduisant l’importance de ce qui nous arrive, au regard de l’immensité cosmique, le philosophe s’endurcit contre les maux qui peuvent survenir. Il s’agit d’assurer l’indépendance du jugement, de réduire les passions, et de s’imprégner de la rationalité de l’univers. Marc-Aurèle écrit :

« Considère la rapidité avec laquelle tous sont oubliés, l’abîme du temps infini dans l’un et dans l’autre sens, la vanité des paroles retentissantes, l’humeur changeante et indécise de ceux qui semblent te louer, l’étroitesse du lieu où cette gloire se borne ; car la terre entière n’est qu’un point, et ce pays n’en est qu’une infime fraction ; et ici même combien y a-t-il d’hommes pour recevoir des éloges, et que sont-ils100 ? »

De l’autre côté, comment récupérer le truc :

—le cardinal de Bérulle, l’habile homme, dans les Grandeurs de Jésus : « Un excellent esprit de ce siècle, Nicolas Copernic, a voulu maintenir que le Soleil est au centre du monde, et non pas la Terre ; qu’il est immobile et que la Terre, proportionnément à sa figure ronde, se meut autour du Soleil. Cette opinion nouvelle, peu suivie en la science des astres, est utile et doit être suivie en la science du salut car Jésus est le Soleil immobile en sa grandeur et mouvant toute chose, il est le vrai centre du monde et le monde doit être en mouvement continuel vers lui. »

La question de la fiction au centre de notre affaire. Rappel de la thèse fictionnaliste : pour lui, le livre de la nature n’est pas écrit en langage mathématique, ou s’il l’est, ce langage est une fiction qui n’a d’autre fin que de sauver les phénomènes. Donc la connaissance est une illusion

Fiction :

Andreas Osiander, plus connu comme théologien protestant et réformateur de Nuremberg. C’est lui qui a fait éditer pour la première fois l’œuvre en 1543. Je cite ici un extrait de sa préface « Ad lectorem, de hypothesibus huius operis18 » :

« Il n’est pas nécessaire que ces hypothèses soient vraies ni même vraisemblables ; une seule chose suffit : qu’elles offrent des calculs conformes à l’observation. (…) Il y a dans cette science <l’astronomie> d’autres choses non moins absurdes qu’il n’est pas nécessaire d’examiner ici. Car il est suffisamment clair que cet art, simplement et totalement, ignore les causes des mouvements irréguliers des phénomènes célestes. Et s’il en invente quelques-unes dans l’imagination (fingendo excogitat) comme, certes, il en invente un très grand nombre, il ne les invente aucunement afin de persuader quiconque qu’il en est effectivement ainsi, mais uniquement afin qu’elles fondent un calcul exact. (…) Et que personne, en ce qui concerne les hypothèses, n’attende de l’astronomie rien de certain (quicquam certi ab astronomia expectet) : celle-ci ne veut nous donner rien de pareil.»

—Mais pourquoi Montaigne, qui n’est pas astronome, est-il capable de percevoir l’œuvre de Copernic comme une révolution scientifique ? Est-ce seulement pour les besoins de l’argumentation sceptique ? Pourquoi n’a-t-il rien à faire de l’idée de révélation ? l’astronomie n’est ni une science révélée, ni un substitut de cosmogonie inspiré d’Hésiode ou d’Ovide, mais une science laborieusement construite. Pas mal.

—L’une des raisons qui font qu’il ne s’oppose pas par principe à la thèse du mouvement de la terre, c’est que son univers est peu chrétien. Par contraste, évoquons l’attitude du réformateur de Wittenberg, Philippe Melanchton, qui insiste sur l’aspect pédagogique de la philosophie et des sciences. « Au début de leur éducation, les jeunes gens doivent aimer les idées approuvées par le commun accord des spécialistes, celles qui ne sont en rien absurdes ; et lorsqu’ils comprennent que la vérité a été montrée par Dieu, qu’ils s’y attachent avec révérence et se reposent en elle ; et qu’ils rendent grâce à Dieu pour avoir allumé et préservé une certaine lumière dans le genre humain38 ».

—Platon (qui la ramène) la contemplation des mouvements célestes aide à régler ceux de l’âme

— (grognements de rigolade)

—Luther est aussi con que les idéologues du Vatican

—quand même : prise au sérieux, la proposition copernicienne soulevait des problèmes énormes pour la foi du Chrétien. Si la terre, par exemple, était seulement l’une des six planètes, comment devait-on préserver les histoires de la Chute et du Salut, dont l’importance pour la vie chrétienne était fondamentale ? S’il y avait d’autres corps tout à fait comparables à la terre, la bonté de Dieu devait certainement avoir fait qu’ils fussent eux aussi habités. Mais s’il y avait des hommes sur d’autres planètes, comment pouvaient-ils être les descendants d’Adam et d’Eve, et comment pouvaient-ils avoir hérité du péché originel ? (…) De plus, comment les hommes sur d’autres planètes pourraient-ils avoir entendu parler du Sauveur, qui leur avait ouvert la possibilité de la vie éternelle ?

—mais Montaigne ne vit pas dans un monde essentiellement chrétien

­— Tu ne vois que l’ordre et la police de ce petit caveau où tu es logé, au moins si tu la vois : sa divinité a une juridiction infinie au-delà ; cette pièce n’est rien au prix du tout

omnia cum caelo terraque marique

Nil sunt ad summam summai totius omnem

(Lucrèce, De natura rerum, VI, 679 : « Le ciel, la terre et la mer, et toutes choses, ne sont rien en comparaison de l’immensité  du grand tout»

c’est une loi municipale que tu allègues, tu ne sais pas quelle est l’universelle. II,12,523-524

Et ne pas oublier Pascal :

« Que l’homme contemple donc la nature entière dans sa haute et pleine majesté, qu’il éloigne sa vue des objets bas qui l’environnent. Qu’il regarde cette éclatante lumière mise comme une lampe éternelle pour éclairer l’univers, que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit, et qu’il s’étonne de ce que ce vaste tour lui-même n’est qu’une point très délicat à l’égard de celui que ces astres, qui roulent dans le firmament, embrassent. Mais si notre vue s’arrête là, que l’imagination passe outre, elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir. Tout le monde visible n’est qu’un trait imperceptible dans l’ample sein de la nature. (…) » Pascal, Pensées, op.cit., Brunschvicg 72 / Lafuma 199

Entrée « passion de la connaissance » :

Malgré tout, une telle soif de savoir paraît destinée à ne jamais trouver satisfaction, si l’on s’en tient à ces mots de l’Ecclésiaste, que Montaigne inscrit sur une des travées de sa bibliothèque: « le désir de connaître a été donné par Dieu à l’homme pour son supplice »]. D’ailleurs le titre du dernier chapitre des essais – De l’expérience – semble reprendre en écho le titre même du livre. L’une des conclusions de ce chapitre, placé en péroraison, et dans lequel Socrate est convoqué à maintes reprises, insiste sur l’idée qu’il n’y a que des cas particuliers et que l’on ne saurait cheminer de l’un à l’autre des cas vers une conclusion définitive : « mon apprentissage n’a autre fruict que de me faire sentir combien il me reste à apprendre »

­— lorsque Montaigne évoquera dans l’admirable chapitre De la Vanité la sentence delphique « connais-toi toi-même », gnôthi seauton, il s’apercevra de ne pas avoir trouvé en lui un trésor intérieur, comme saint Augustin avant lui, mais seulement un mélange de misère et de vanité : « Si les autres se regardoient attentivement, comme je fay, ils se trouveroient comme je fay, pleins d’inanité et de fadaise »

—qui veut guerir de l’ignorance, il faut la confesser. […] L’admiration est fondement de toute philosophie: l’inquisition, le progrez: l’ignorance, le bout . Des boiteux.

Tiens, Bibi pourrait s’amuser quelque peu de l’effort zététique des philosophes. Montaigne répétant : je ne suis pas philosophe.

—la peste de l’homme c’est l’opinion de sçavoir II, XII, A, 488.

—proposer « des fantasies informes, comme font ceux qui publient des questions doubteuses, à debattre aux écoles : non pour establir la verité ; mais pour la chercher » I, LVI, A, 317

—qui sera en cherche de science, si la pesche où elle se loge: il n’est rien dequoy je face moins de profession. Ce sont icy mes fantasies, par lesquelles je ne tasche point à donner à connoistre les choses, mais moy »[19]. « […] Je ne vise icy qu’à decouvrir moy-mesmes, […] Je n’ay point l’authorité d’estre creu, ny ne le desire, me sentant trop mal instruit pour instruire autruyi »[20]. Et encore : « j’ose non seulement parler de moy, mais parler seulement de moy »

—je n’ay rien à dire de moy, entierement, simplement, et solidement, sans confusion et sans meslange, ny en un mot. DISTINGO est le plus universel membre de ma Logique

­—est-ce que les Cannibales ont la soif de savoir ?

—eux « qui juissent l’heur d’une longue vie, tranquille et paisible sans les precepts d’Aristote, et sans la connoissance du nom de la physique »

—j’ay peur que […] nous avons plus de curiosité que nous n’avons de capacité. Nous embrassons tout, mais nous n’étreignons que du vent.

—il n’est non plus ainsi qu’ainsi, ou que ny l’un ni l’autre.

Galilée passe en force ; Montaigne pense en douceur ou en douce. Montaigne pense sans la fureur de prouver, comme dit Alain. Montaigne retourne le télescope contre lui-même.

L’isosthénie (la force égale) voilà, une belle idée.

L’Apologie de Raymond Sebond a-t-elle pour finalité l’institution de l’homme dans la Vérité révélée, ou la redécouverte de notre condition naturelle ? Quelles sont les capacités de l’homme ? Socrate est l’homme qui a su devenir sage, par le seul exercice de ses facultés naturelles.

vendredi 28 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 14 min

Le bruit qui courait dans l’Antiquité que Platon avait plagié Démocrite, ou avait même tenté de brûler ses œuvres.

Figure de l’autodidacte : Épicure qui veut être son premier auditeur.

—équipe ton navire, bienheureux, et fuis toute culture

—je te tiens pour heureux, car pur de toute culture, tu t’es élancé vers la philosophie

C’est la physiologie (étude de la nature) contre la culture, ce que j’appellerais la rhétorique.

—agis en tout, comme si Épicure te regardait.

—tu n’as pas besoin d’enseignement ni de culture pour poursuivre le plaisir et fuir la douleur. Un enfant le sait naturellement.

—Y a-t-il quelqu’un qui ignore ce qu’est le plaisir, ou qui désire une définition pour mieux le connaître ?

—gagnerions-nous à dire, au lieu de : « Bonjour Socrate », « Bonjour, animal mortel rationnel »?

—comment peut-on chercher à connaître ce qu’on ne connaît pas du tout ?

Question de Ménon.

—il faut apprendre à s’acheminer vers la connaissance de l’inévident.

Tel est le but de la semeiosis, de cette recherche et découverte des signes que l’on peut traduire faute de mieux par « inférence ».

Tetrapharmakos, le quadruple-remède : « le dieu n’est pas à craindre ; la mort ne donne pas de souci ; et tandis que le bien est facile à obtenir, le mal est facile à supporter ».

Comment je pourrais arriver à faire sonner ensemble et contradictoirement la passion de la connaissance telle que chez Galilée avec la nécessité de connaître la nature au sens où Épicure l’entend. Cela ne serait pas mal.

—il n’est pas possible de dissiper ce que l’on redoute dans les questions capitales sans savoir parfaitement quelle est la nature du tout — au mieux peut-on dissiper quelque inquiétude liée aux mythes ; de sorte qu’il n’est pas possible, sans l’étude de la nature de recevoir en retour les plaisirs sans mélange.

—il faudrait comprendre ce que veut dire apolambanein.

Autre écho :

—souviens-toi que tout en ayant une nature mortelle et en disposant d’un temps limité, tu t’es élevé grâce aux raisonnements sur la nature jusqu’à l’illimité et l’éternité, et tu as observé :

« ce qui est, ce qui sera et ce qui a été »

—Homère

—oui, Homère.

Placard : CHEZ LA PLUPART DES HOMMES, CE QUI RESTE EN REPOS S’ENGOURDIT, CE QUI EST EN MOUVEMENT EST ENRAGÉ

(au cochon) : Vénérer le sage est un grand bien pour celui qui le vénère.

Placards :

LA VIE D’ÉPICURE, COMPARÉE À LA VIE DES AUTRES HOMMES, POURRAIT ÊTRE CONSIDÉRÉE, EN RAISON DE SA DOUCEUR ET DE SA SUFFISANCE À SOI, COMME UNE FABLE

IL NE FAUT PAS FAIRE LE PHILOSOPHE MAIS PHILOSOPHER RÉELLEMENT ; CAR NOUS N’AVONS PAS BESOIN D’UNE APPARENCE DE SANTÉ, MAIS DE LA SANTÉ VÉRITABLE

­— insatiable non pas le ventre mais l’opinion fausse sur l’insatiabilité du ventre

—tout homme quitte la vie comme s’il venait de naître

jeudi 27 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 10 min

Pour l’entrée « désir de savoir », travailler, pour le contraste, sur l’idée d’ataraxie d’Épicure. Ce n’est vraiment pas ce que cherchait Galilée. Vérité et ataraxie, quelque chose comme ça. L’idée qu’il peut y avoir plusieurs explications.

Et ce que j’ajoute à titre personnel : les dieux se foutent de ce que tu sais ou cherches à savoir. À moins que les dieux ne soient jaloux de leurs secrets. Très plausible.

—tu veux connaître la nature ou t’occuper de ton âme ?

—c’est-à-dire de toi ?

—c’est ça

—la vérité est le souverain bien

—le plaisir est le souverain bien

—santé du corps et ataraxie de l’âme : tu es loin du compte, mon pauvre Galilée.

—peut-on désirer voir se lever les orages de l’âme. Levez-vous, orages désirés, une idée bien moderne. Depuis quand on désire des orages ? Galilée cherche les orages.

—moins que Bruno, ou différemment.

—Bruno jouait avec le feu

—moi, je préférerais vivre parmi les hommes comme un dieu. L’homme qui vit au milieu de biens immortels n’a plus rien de commun avec les mortels

—qu’entends-tu, pour toi même, par biens immortels ?

—la pensée, le plaisir de penser.

—et tu crois qu’on peut penser impunément ?

—oui.

—MÉCRÉANT (hurlant)

—moi, je suis un penseur inoffensif. Admettre qu’il y a des choses qui ne sont pas en notre pouvoir.

(perdu inopinément du texte ; ça recommence)

Reprise de ma petite lecture d’Épicure à partir de la lettre à Pythoclès. La question de la météorologie.

Liste de tout ce qui est élevé dans les airs, mais pas seulement :

Le soleil, la lune, les étoiles, les planètes, les comètes, les étoiles filantes, la voie lactée, l’arc-en-ciel, les vents, les brouillards, la rosée, la pluie, la grêle, le gel, la glace, la neige, les éclairs, le tonnerre, la foudre, les mers, les fleuves, les éruptions, les tremblements de terre… Que sais-je de tout cela ?

—je ne sais pas ce que tu sais de tout cela, mais si tu dois en savoir quelque chose, cette connaissance doit aboutir à l’ataraxie et à une confiance solide.

—il ne faut ni faire violence à l’impossible, ni vouloir adapter à tous les sujets la même théorie. Par exemple, pour les météores, il faut admettre, si l’on veut sauver les apparences, plusieurs explications possibles à la fois de leur cause et de leur nature.

Idée essentielle d’Épicure : pour tous les phénomènes qui tombent sous le sens, chercher une explication scientifique en juxtaposant toutes les explications possibles, de façon à ne rien laisser perdre de ce qui peut permettre de réduire le phénomène qui épouvante les hommes à des proportions naturelles.

—ce n’est pas le désir  qui est à la racine de la connaissance, mais la peur ?

—ce n’est pas pareil !

—en physique, il ne faut pas en physique partir d’axiomes vides de sens ou de postulats arbitraires, il faut se plier aux exigences des phénomènes. Notre vie n’a nul besoin d’opinions personnelles irréfléchies ni de théories vaines, mais bien de ce qui nous assure une vie exempte de trouble.

—or nous obtenons en tout la fixité et la tranquillité, en expliquant toutes choses par plusieurs hypothèses toutes d’accord avec les phénomènes, sans rien rejeter de tout ce qui peut être dit sur eux de plausible.

—si nous acceptons une explication en en rejetant une autre qui s’accorde pourtant aux phénomènes, on abandonne la physique pour tomber dans la mythologie.

Faire quelque chose de cela : Épicure ne veut pas confondre le divin et le céleste. Si on isole le divin, on peut comprendre la nécessité physique.

Idée que l’homme n’est pas un être agissant principiellement en vue d’une autre fin que l’animal.

Ceux qui pratiquent la phusiologia, la paix dans la vie, la vie apaisée, leur est promise. Image de la mer apaisée.

mercredi 26 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 09 min

Un mail de Lassègue :

« On doit garder présent à l’esprit que chaque découverte de Galilée dans les

domaines de la physique et de l’astronomie est étroitement liée à un

instrument quelconque inventé ou spécialement modifié par lui. Son génie

technique est la prémisse des expériences scientifiques qui seules confèrent

à ses théories originales leur orientation et leur expression. »

Leonardo Olschki, Geschichte der neusprachlichen Wissenschaftlichen

Literatur, band 3, Halle, 1927 : 139.

Meilleurs vœux !

Jean

Le bilan de La Clôture des filles : les rideaux, ce n’était pas mal. Les trois ou quatre plans. L’image qui se détruit. La question des personnes déplacées. Il ne faut faire dans le fusionnel. Partir de la réalité des personnes : la danseuse confrontée au théâtre a un texte en mains. Un texte qui parle de citrons. Une autre saura quoi faire des citrons.

Les dossiers à ouvrir et qui seront autant de séquences possibles

-la clôture des filles

-le désir de savoir

-écrire en toscan

-les expériences de pensée (ou pas, du reste)

-le rapport à Brecht : Freddy le dramaturge.

-le pôlépicure : c’est là que je suis le plus en retard, mais peut-être le plus à  l’aise, puisqu’il s’agit de moi. Que veut-on connaître. Vais travailler ce dossier-là par priorité.

Un coup de pot qu’on ait les trois lettres d’Épicure plutôt que les 300 ouvrages. J’essaie de bricoler des petits dialogues Perrier/Bibi. J’y prends un certain plaisir.

mardi 25 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 09 min

Des nouvelles de Bibi : elle chie partout.

Déjeuné avec Alain, chez lui. Bon vin et cigare. Il est mal à l’aise, l’impression de ne servir à rien dans ce spectacle : « la physique et la mathématique, ça ne me dit rien. Il faut que ce que nous faisons ensemble soit en rapport avec mon travail ». Il veut s’attaquer à un ouvrage (via aussi les cours du Collège) sur l’évolution du cerveau. Retour sur le gros cerveau, donc. Je devrais insister là-dessus dès le prochain spectacle. Comment se servir d’un gros cerveau ? sagesse ou science. Mais il faudrait être léger.

À propos d’hypertélisme : Alain me donne son exemplaire du Supplice d’une queue de François-Paul Alibert. Je ne me jette pas sur cette sorte de littérature.

Dîner avec Stéphane : sa réconciliation avec Duchamp. N’était pas cynique. Disait ce qui allait arriver : au fond, il n’y aurait plus personne pour regarder de la peinture. Nous parlons de Bassani et de la question de la langue italienne. Il faudrait que je lise ses entretiens : il y a peut-être à prendre des choses pour Galilée, le toscan et la littérature. Bassani, atteint de la maladie d’alzheimer dès 1990, et la biographie qui dit, en même temps, qu’il entretient une liaison sentimentale ( ?) avec une jeune universitaire. À 74 ans et gâteux, ce n’est pas mal. À moins que cela en dise long sur l’université.

lundi 24 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 11 min

Penser à répondre à Mathilde après son amical sms de mercredi :

Ma chère Mathilde,

Je ne sais comment te dire combien m’a touché ton message du lendemain (je vois bien le côté pilule du lendemain de l’expression, mais ce sont les mots qui me sont venus aussitôt  l’esprit), comme m’avait touché ton invitation à travailler chez toi. Je dois te dire, mais nous aurons l’occasion, j’espère d’en reparler, que cette occasion m’a donné envie de faire encore une fois le larron, de faire encore un petit tour de piste. Je dois sans doute enjoliver la chose, peu importe, mais la rencontre avec vous, avec des danseuses, et sur un autre mode que celui que j’avais connu avant, m’a fait toucher du doigt sinon du pied, que les planches ne pouvaient ne pas être que du bois mort.

Pour ne rien te cacher, j’étais, après l’édition 2005 d’Avignon, assez dégoûté du théâtre (de l’activité théâtrale, la mienne, assez vaine, et du milieu, considéré des deux côtés de la rampe). Les deux ateliers du printemps, puis les heures de décembre passées dans ce beau studio, sans juger du résultat, m’ont redonné du cœur à l’ouvrage. Je sais aussi que ton amitié y est pour beaucoup. Tu peux croire en la mienne aussi, et espérons que ces deux-là pourront prospérer encore.

Et je ne dis pas cela parce que c’est Noël.

Je t’embrasse avec reconnaissance. Vœux d’amitié pour les tiens aussi.

jf

Un peu d’amertume devant la solitude dans laquelle je me trouve pour ce travail ; un peu de nostalgie des Noëls à La Roque avec Alain. Tourner des pages. Amertume est peut-être faible.

J’aurai passé ma vie à tourner des pages, mais c’est toujours le même livre…

Trouver une méthode de travail pour ces quinze jours. Et si l’humeur était bonne, relancer l’affaire Théâtre et son trouble. Tout centrer sur le comédien. Si j’ai quelque chose à dire (ou à penser), c’est autour du comédien. L’impression de me redire. Se redire, une jolie expression.

Sur la question SM Céleste, Jeanne s’en tirera à coup sûr, et avec les danseuses.

Tout à l’heure, Nicky au téléphone : l’idée d’une sphère soleil me plaît. Il n’y a rien de neuf sous le soleil. Cela signifie que ce qu’il y a de neuf est au-dessus du soleil. Il faut pouvoir penser au-dessus du soleil. Modeste.

Envie de notuler sur Le théâtre et son trouble. Il y aurait vraiment à dire sur ma relation avec le matériau scientifique (comme réfractaire à la fable) et mon rapport à la fiction. Défense de la fiction contre la fable, j’en ai déjà dit des kilos là-dessus ; mais bien comprendre que mon rapport à la fiction est le signe de ma méfiance à l’égard de la vérité, celle des « hommes de vérité ».

dimanche 23 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 10 min

Anniversaire de ma mère…Quelle signification ? Que puis-je en dire ?

Il faudrait comprendre de quoi nous partirons après La Clôture des filles. Tournant autour de Galilée, précédé ouvert par La Clôture des filles. Mauvais.

Une remarque : ce genre de spectacles n’ont besoin que de très peu de mots. Ou ne souffrent pas de longs textes. Travailler à la fois sur le droit à l’oubli que sur l’opération qui consiste à aller se souvenir de quelqu’un qu’on n’a pas connu, comme j’aime à le dire.

À part la modeste trouvaille de la sonorisation des stores, que conserver ? Ou plutôt que reprendre ou continuer ? Leur façon d’être ensemble aujourd’hui, à jouer avec un vieil os, sans la prétention d’incarner ou d’imiter. Il faut un certain laisser-aller. Dramaturgie générale bien comprise par Jeanne : oui, je me mets dans la meilleure situation pour jouer SM Céleste, comme elle l’appelle. Se souvenir d’une interprétation, comme celle de Valérie Dréville ; ma dramaturgie (j’abuse du terme, ce soir), celle de l’anatomie du comédien. Faire un spectacle sur le comédien, pas sur la science. Au fait, le soulagement des uns et des autres qui constatent qu’il n’y a pas beaucoup de science dans ce spectacle…Plus facile sans, de fait.

Qu’est-ce qu’on voit au théâtre ? Le théâtre répondait Brecht. C’est évidemment toujours vrai, mais ma réponse serait encore plus restrictive : on ne voit que du comédien. Mais il ne faudrait pas qu’il joue à être comédien, oder ? Pouvoir faire entrer Électre dans l’affaire. « Fille d’Agamemnon, ce n’est pas si mal ».

L’idée que la pensée de Galilée passe par la danse. Cela me plaît assez. Petite danse des planètes. Ou expériences sur le mouvement, comme motifs chorégraphiques.

samedi 15 décembre 2007

Classé dans : Journal 2007-2 — admin @ 22 h 07 min

Faire répéter : « la seule science, c’est de posséder l’esprit du Seigneur et sa sainte opération ».

Faire la petite partition pour Mathilde.

—étant donné un tube creux, il est possible de trouver un cylindre plein qui lui soit égal

—mais égale en quoi ?

Effets de rémanence : une danseuse reprend des mots de la comédienne, de même que la comédienne reprend des gestes des danseuses.

Fait un bout de conduite. Cela agace un peu les comédiennes/danseuses qui regrettent de ne pas avoir beaucoup improvisé. Quand même la scène du musée. Peut-être possible. Ce qui manque : de l’information sur MC. On ne ressasse pas assez sur elle. Sur son amour ; sa demande, le goût des lettres. Ce qu’il ne faudrait pas perdre non plus : un peu d’astronomie. La petite chorégraphie suffirait-elle ?

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