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Les journaux de Jean-François Peyret, 2001 à 2008, sont téléchargeables ici

jeudi 1er janvier 2004

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 33 min

Sentiment de parler dans le vide. Un titre : l’indifférence générale. L’art du théâtre n’est pas une compétition contre la mort, la tentative souvent désespérée de lutter contre la mort et l’oubli mais un exercice de la mort, une exercitation. Faire l’expérience régulière (une fois par an pour ce qui me concerne) de la mort et du deuil.

Pourquoi j’ai récusé l’idée de montage. Parce que trop mécanique et qui pourrait laisser croire que le montage de textes est préalable au théâtre. Alors que c’est processuel. Il faudrait pourtant que je change de méthode. Est-ce que le prochain spectacle doit être fabriqué différemment ?

vendredi 26 décembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 32 min

Le plus triste : ne pas avoir d’interlocuteur, comme si pratiquement personne ne daignait s’abaisser à faire un petit travail d’interprétation sur ce ou de ce qui lui est présenté. Pourtant j’émets des signes et personne pour me dire qu’il les a reçus cinq sur cinq. J’en suis à faire les demandes et les réponses. Les spectateurs les plus amènes ont eu affaire à un joli petit spectacle rigolo. Mais s’inquiètent-ils de savoir pourquoi c’est rigolo et pas grandiloquent, emphatique et prétentieux comme le tout venant de la littérature dramatique d’aujourd’hui, dans le genre gros pet inoffensif tiré d’un âne moribond.

Cette humeur drôlatique d’où vient-elle ? De mon nihilisme ?

Parler de le mort de Dieu,  opposer le marteau du philosophe (Nietzsche) et le marteau du géologue (Darwin) n’est pas à se tordre de rire. Remarquer que le marteau du géologue a été plus efficace pour tuer Dieu que celui du philosophe n’est pas une blague.

dimanche 21 décembre 03

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 31 min

Dernière hier. La tristesse non pas de la fin de quelque chose mais de l’échec, plutôt de la non-réussite d’une chose. Ça plafonne, -comme s’il y avait un plafond que je ne peux pas crever. On me laisse toujours dans la même situation (qui est encore enviable par rapport à d’autres) : je peux continuer, c’est tout. Mais je ne sortirai jamais de mon trou, on dirait.

Je me répète cette phrase : je suis démoralisé mais pas découragé. Je sais que je jouerai les cartes que j’ai en mains. Ou que je ne baisserai pas encore les bras. Même si l’establishment théâtral et les médias m’ignorent. Je ne fais pas du théâtre pour ceux qui aiment déjà le théâtre, mais pour ceux, comme moi, qu’il ennuie.

Ce spectacle-ci, je ne pouvais véritablement pas le voir. Pire que d’habitude. Parce que JB m’a trop agacé.

Comment se fait-il que le spectacle soit comique ? La peur du spectateur, ou le chiffre de mon désenchantement ? Didi-Huberman me reproche ce désenchantement. Je n’en reviens pas. Il préfère dire qu’il est triste mais pas désenchanté. Je ne suis pas triste.

mardi 18 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 30 min

Analyser le malaise. Essentiellement Jacques qui ne me permet pas de travailler qui est absent, complètement déconcentré, pitral. Je lui propose qu’on reporte de quelques jours.  C’est comme si j’étais empêché de m’exprimer.

Il faut retrouver le sens de la rime ; de là viendra la raison. Il faut forcer l’écoute du spectateur. L’obliger à s’intéresser. S’il n’est pas du tout attentif, rien ne passe.  Le rêveur n’a pas la liberté de rêver ou de ne pas rêver.

Je ne crois plus à tout ça. Je suis et reste en enfer. C’est un peu grandiloquent sachant ce que souffre l’humanité par ailleurs. Mais je n’en puis plus quand même. Rien ne va plus.

Je me souviens d’Hamlet-machine au TGP en 79. Je n’en avais vraiment pas vu l’intérêt, ou l’intérêt de faire du théâtre pour si peu de résultat, tant la prestation me paraissait médiocre, le texte n’étant pas en cause.

Voilà, une voix me dit, il vaudrait mieux ne rien faire plutôt que ça, une autre qu’il faut se battre, ne pas baisser les bras, travailler tant qu’on peut. Alors ? Alors, j’y vais mais bouché d’angoisse.

samedi 15 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 30 min

« Pendant moi le déluge », comme dit Beckett.

Lumière : trop de choses là-dedans.

vendredi 14 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 29 min

Que nous ne sommes pas des producteurs d’arguments.

Comment finir, suite.

Les trois pupitres mais à peine occupés.

Le monstre ou le monstrueux, c’est la catégorie métaphysique qui intervient pour marquer la différence  entre le singe et l’homme.

Il faudrait trouver une hyperbole forte. Le forcené se voit entouré par des gens qui ne laissent pas suffisamment d’espace pour le déploiement de cette nouvelle hyperbole dieu est mort. Cette phrase, la grandeur de la proposition ne trouve pas de place parmi nous, les modernes, et le discours de la clairière est pour ainsi dire la continuation de la recherche d’un espace ouvert suffisamment grand pour nous installer dans un espace post idéologique. Perdre dieu ne fait sens que si l’espace créé par sa disparition est aussi grand que l’espace, sinon on perd tout ; le gain est nul finalement après Lucy, un refoulement sans conséquence.

La compétition des mauvaises nouvelles.

« Primes élevées accordées par l’évolution à la croissance de l’intelligence (mais aussi par un accès permanent à une nourriture issue de protéines animales) : elle conduit à une augmentation remarquable du volume cérébral, à une meilleure formation du néocortex et à une croissance crânienne intra-utérine, dont l’effet secondaire immédiat est la contrainte de mettre au monde de manière prématurée.  Les deux tendances, la cérébralisation et la prématurité sont liées l’une à l’autre par une causalité circulaire. »

Les technologues n’ont aucune espèce d’inhibition.

jeudi 13 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 28 min

Remettre un peu de Dieu à la fin du Beagle. Mais quoi ?

-Mais je trouvais de plus en plus difficile, même en donnant toute latitude à mon imagination, d’inventer des preuves qui suffiraient à me convaincre. Ainsi, l’incrédulité ne me gagna que très lentement, mais devint finalement totale. L’évolution fut si lente que je ne ressentis pas d’angoisse, et je n’ai pas depuis douté une seule seconde de la vérité de ma conclusion.

-le vieil argument d’une finalité dans la nature, qui me semblait autrefois si concluant, est tombé depuis la découverte de la loi de sélection naturelle.

- Ne sous-estimons-nous pas la probabilité qu’une éducation constante à la croyance en Dieu dans l’esprit des enfants ne produise un effet si puissant, qui peut être héréditaire, sur leurs cerveaux incomplètement développés ? Il leur serait aussi difficile de rejeter la croyance en Dieu qu’à un singe d’abandonner sa haine et sa peur instinctive du serpent. Je ne peux prétendre jeter la moindre lumière sur des problèmes aussi obscurs. Le mystère du commencement de toutes choses est insoluble pour nous; c’est pourquoi je dois me contenter de rester agnostique.

-difficulté extrême, presque impossibilité, à concevoir cet univers immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles.

-Pour Clément : L’homme est venu du singe et il y retournera. Sans qu’il y ait personne pour s’intéresser à cet étrange dénouement de comédie. » (Nietzsche )

mardi 11 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 27 min

Il faut éviter la caricature, la clownerie.  La singerie.  Le trait grossier.

Je dois faire un petit texte pour le programme. Après ce dimanche désastreux où dans le bout à bout, j’avais l’impression d’être détruit par mes comédiens même. Rien ne passait, surtout parce qu’on avait perdu le fil, tout fil. Or, il y a un fil qu’il s’agit de tendre.  Il faut faire entrer les gens dans une rêverie pas les mettre devant un spectacle de clowns.

Aujourd’hui faire une version oratorio ou de concert.

Mais le texte ? Sur la vexation.

Quand on nous dit aujourd’hui à tout bout de journal que les singes bonobos font partie de la famille, que le curseur bouge, la frontière bouge aussi, une bonne partie de nos contemporains a l’air de considérer cela comme une bonne nouvelle. Cela nous rapproche de la nature ? Comme d’un autre côté les grands singes font un effort du leur, en nous apprenant qu’ils ont de la culture, tout va bien.  Craignons-nous une bien plus grande vexation qui viendrait de la machine ? Descendre d’un singe (même si la formulation n’est pas tout à fait celle de Darwin) ne va pourtant pas de soi. On ne sait pas trop quoi en dire. On s’y serait fait ? Nous ne vivons plus dans l’onde de choc du séisme causé par la pensée de Darwin. C’est possible.  La perte de dignité.

Le discours actuel ne masque-t-il pas la difficulté de se réprésenter cette ascendance, de la rêver, de la poétiser ? Une origine divine, oui, ça fait de la poésie ; de la simiesque, même pas de la vraie science.

C’est en pensant à cela qu’on tombe sur Darwin, ou bien en partant des formes. Ovide aussi était un grand vexateur. Puisqu’aussi bien c’est un jouisseur des formes du vivant.

Titre : Des chimères en automne ou l’Impromptu de Chaillot. Matériau-Darwin. Un spectacle intermittent.

Dans notre Traité des formes, l’impromptu de ce soir est comme une station Darwin, la première et peut-être pas la dernière, tant il est vrai que Charles ne se laisse pas approcher d’un seul coup. Après Ovide et ses Métamorphoses qui nous occupèrent le temps d’un spectacle, il nous parut opportun de tenter un approche théâtrale, et poétique, espérons-le, du naturaliste anglais. C’est encore un passionné de la métamorphose (la variabilité des espèces, qu’est-ce d’autre qu’un change de forme ?), même s’il a pris moins de libertés avec les lois de la nature que le poète latin. Car la vocation de Darwin semble bien trouver son origine dans cette fascination pour les formes du vivant ; il n’y a qu’à voir son étonnement et son enthousisame devant la nature luxuriante lors de son fameux voyage à bord du Beagle qui l’a fait devenir ce qu’il est. Tout procède chez lui de cette passion de voir ; c’est d’elle qu’est née une des plus grandes révolutions intellectuelles de l’époque moderne. La science comme théâtre, comme « lieu d’où l’on voit », cela ne pouvait nous laisser indifférent. Le théoricien, le spéculateur, dirait Charles, est d’abord quelqu’un qui sait regarder et qui va jusqu’au bout de ce qu’il voit. Et que rien n’arrête, aucun préjugé social, aucun dogme religieux. Qu’est-ce que penser par soi-même, qu’est-ce qu’aller jusqu’au bout de sa pensée ? Voilà encore des questions que pose l’aventure de Darwin. Un homme curieux : ce grand vexateur, comme Freud le dira de lui, qui a infligé une gifle cinglante à l’orgueil de l’homme en lui mettant sous le nez ses origines animales n’avait rien de faustien, rien non plus d’un Galilée. Il ne défie pas Dieu, il l’assassine par déduction, donc assez raisonnablement ; il ne flirte pas avec le Diable (il dit simplement que le Diable, c’est d’avoir un babouin pour ancêtre) ; il n’est pas aux prises avec l’Inquisition : dans son conflit avec les autorités réligieuses qui ne pouvaient pas voir d’un bon œil voir ainsi mise à mal la vérité littérale de la Bible, il envoie les copains au front, et reste à travailler dans son manoir de Downe, au chaud avec Emma et la famille nombreuse, au milieu de ses collections et de ses bocaux de vers de terre dont les mœurs semblent l’intéresser davantage que celles des clergymen anglicans. Non, son véritable adversaire, celui qui resistera le plus à sa pensée, c’est son propre corps qui répond par la maladie aux risques de la pensée. Alan Turing, un personnage tutélaire de notre théâtre, disait que le corps donnait à l’esprit de quoi s’occuper. Darwin pourrait ajouter que l’esprit donne aussi au corps de quoi souffrir. Portrait du génie en homme malade, tout un programme.

Remerciements à Peter Sloterdijk qui nous a prêté quelques-unes de ses pensées et s’est prêté lui-même à nos petits jeux.

samedi 8 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 27 min

Molière : Ah ! les étranges animaux à conduire que des comédiens ! (Impromptu de Versailles). Idée de la comédie de comédiens. Et aussi les piques à l’adresse de la concurrence.

Impromptu fait à l’improvisation et à l’improviste.

lundi 3 novembre 2003

Classé dans : 2. Des Chimères en automne (mai 2003 à janvier 2004) — admin @ 19 h 26 min

Dimanche peu productif. Il faut que je bâcle cette partition. Idée de faire un rapport pour une Académie avec l’affaire FOXP2, qui interviendrait dans les parages de Kafka. Mais la fin ? Le philosophe parle de l’effet de serre ; le biologiste de quoi à la fin ? et le metteur en scène : ma pièce, ma pièce. Qu’est-ce que serait une pièce sur le cerveau ? Le théâtre veut des héros, des success stories ou de grands drames ; ah ! si l’on avait brûlé Darwin ! Ou s’il s’était rétracté.  Ou s’il était damné ; ah ! si cela avait été un Faust, mais, malgré le séisme que sa théorie a suscité dans l’idéologie dominante, malgré la controverse d’Oxford, sa femme ne l’a pas quitté et il est enterré à Westminster. C’est à se demander si c’est si vexant que cela que de descendre d’animaux inférieurs ! Quelle est la véritable vexation ? Les hommes peuvent-ils se priver aussi facilement de leur origine divine ? Comment se sont-ils consolés ? Reste le portrait du savant en homme malade. Finir par Freud. Tous des névrosés ?

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