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Les journaux de Jean-François Peyret, 2001 à 2008, sont téléchargeables ici

lundi 20 décembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 56 min

Je disparais un peu ; je me fais évanescent. Je laisse mourir.

Spectacle programme ou spectacle adieu, aboutissement, fin de tout.  Le sentiment d’insatisfaction. Laquelle au juste ? Ne pas avoir eu assez de succès ? Qu’on ne me fête pas suffisamment ?  Et je me fais accrocher à la fin par la corne de la bêtise (l’école Tesson), les gens vautrés dans leur bon sens et qui te font payer cher leur échec, échec artistique en général. Cournot qui n’a jamais rien fait (un méchant film) et Tesson qui aurait sans doute préféré être quelqu’un. Quand on pense qu’il croyait capter l’esprit 68 ! (ça ne lui fit pas beaucoup de voix). Depuis il s’en donne à cœur joie. Bassesse. Mais je ne fais pas scandale, je suis seul. Ceux qui auraient vocation à défendre ce que je fais sont absents pour leurs abonnés. Ou il faudrait qu’un des beaux esprits qui ont bien aimé viennent à la rescousse. Communauté réduite aux acquêts. Passage (psychologiquement) difficile. Qui me renvoie à ma difficulté de travailler : mon manque absolu de discipline, ma paresse (la peur du travail, une peur physique), ce qui fait que j’ai l’esprit brouillon. MMMR a raison. Je fais dans le brouillon. Ma soupe. Je me lance et puis je me débrouille. Embrouille quand même. Brouet, bouillon, brouillon.

Trop tiré sur le cerveau du spectateur ? Pris trop de risques.

Pas occuper des places, briguer des postes. Ajouter quelque chose au monde que le monde n’attendait pas. Quelle présomption ! Il est vrai qu’au théâtre on n’ajoute que provisoirement. Ça n’est pas fait pour durer.

Intervenir sur l’art, mais aussi dans le débat idéologique. Défense de l’athéisme. Lire G. Minois Histoire de l’athéisme chez Fayard.

samedi 18 décembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 56 min

Chaud et froid. Ça ne colle pas. La question de la mauvaise adhésion.

vendredi 10 décembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 55 min

Toujours incapable de mettre les pieds dans la salle pendant les représentations. Honte et ennui.

Qu’est-ce qu’on peut faire de bien avec dix ans devant soi ? Quelques spectacles, quelques livres.

Justement à propos de livre : comment s’y mettre ? Ces difficultés depuis le début avec cet ouvrage qu’il faudrait quand même réussir.

mercredi 8 décembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 54 min

Dans le livre, expliquer l’émergence d’une forme, avant de trop lire sur le chaos et tout ça et réprimer l’originalité de la démarche par des idées extérieures.

dimanche 5 décembre 2004 (00:18)

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 54 min

En fait, pour moi, encore samedi. Ne suis pas resté jusqu’au bout de la représentation ; cela m’est insupportable, comme de voir sortir les quelques pelés qui ne supportent pas. Secrètement j’aimerais assez veulement plaire à tous ; je m’y prends mal.

vendredi 3 décembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 53 min

Dire : le cerveau, c’est la scène, comme Deleuze a pu écrire « le cerveau, c’est l’écran ».

Il n’y a rien de pire que l’ignorance, rien de pire que la malveillance qui s’ignore.

lundi 29 novembre 2004 (00:31)

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 53 min

Assez déconcentré. Le deuil du spectacle commence, le seuvrage ? Quelque chose a eu lieu qui n’aura plus jamais lieu. Ce spectacle est exigent pour son public, c’est dire aussi qu’il réclame un public exigent. Quand on me dit que « ça part dans tous les sens », ça me surprend ; c’est tellement construit. À la sortie, un spectateur inconnu de moi, il y en a, me demande si je suis le metteur en scène, me dit qu’il va peut-être me peiner (je suis là pour ça que je lui réponds) mais qu’il trouve ce spectacle très « abouti ». C’est assez juste. Juste un aboutissement.

Il y a une cassure même parmi les fidèles. Je vois bien qu’Anne-Françoise B. n’a pas accroché (sur la première partie, mais s’y retrouve dans la dernière, plus « lyrique » !) Les Balibar avaient l’air content, Nathalie aussi. Dork qui revient.

Au bout du compte et jusqu’ici, peu de critiques. M’est avis qu’il y en aura peu.

Autocritique : je répète à l’envi que je ne veux pas délivrer de sens, qu’il n’y a pas de message, rien qu’une expérience de la sensibilité à faire ; mais l’athéisme dans cette affaire ?

Le livre doit-il être le dernier mot du spectacle ? Chaque année me voit plus vieux d’un spectacle, et alors ?

Stapeldon : Last and First Men.

Garet Garrett : Ouroboros ; or, the Mechanical Extension of Mankind

Pour le livre, cet exergue : « Il n’y a pas de normes. Tous les hommes sont des exceptions à une règle qui n’existe pas.

Il nous faut partir de l’individu, même si nous devons ensuite l’abandonner » Pessoa.

Comment j’ai travaillé sur l’information. L’absence de corrélation. L’information est faite de telle manière qu’elle ne puisse entrer dans l’expérience de celui qui la reçoit. Modernité.

samedi 27 novembre 2004 (01:00)

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 52 min

Retour de Chaillot (en fait pour moi je suis encore vendredi). Accueil difficile pour ce spectacle, voire mitigé. Une vraie cassure entre ceux qui restent tout à fait étrangers à la chose, et ceux qui aiment bien. Ce soir Yves Chevallier, ça a une certaine importance. J’avais invité Lehmann qui avait disparu à la sortie, de même que Deguy.

Solitude ? Pas encore.

C’est dommage, j’aime bien ce spectacle ; envie de le défendre comme on veut être fier d’un enfant, avec la mauvaise foi qui va avec. L’incompréhension des gens me met en colère, comme un gosse qui serait capricieux. Ce que je dois constater : le spectateur ne veut plus rien entendre au théâtre. Il est tout yeux.

Il faudrait droguer les gens.

Au Collège de France, c’était assez drôle d’être au milieu de sommités en tant que représentant d’une indiscipline (comme dirait Rezvani).

jeudi 25 novembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 51 min

Et la question de l’indétermination. Je perds pied à ne rien faire de suivi. Un peu de lecture, pas d’écriture ; chute en torche. Complètement manqué mon intervention messine (c’est comme ça qu’on dit). Pas vraiment envie de leur parler. Me suis vite esbigné. N’ai pas trouvé grand-chose de nouveau à l’occasion de cette aventure, sinon que je ne pars pas de la scène comme espace vide mais comme occupée par les machines même si on ne les voit pas.

Il va falloir prendre congé de Darwin et de l’évolution ; il est probable que je ne ferai plus rien sur cette matière. J’ai peut-être tort mais je ne me vois pas m’y recoller. Il n’est pas facile de tirer un livre de ces deux spectacles qui ne s’occupent en fait que de théâtre. La science de Darwin, et même son personnage ne sont qu’un alibi pour faire mon théâtre, c’est-à-dire un théâtre différent. Cette différence est  le seul but de l’opération. D’où ces « variations » que sont rien d’autre que des variations sur le théâtre. L’autre intérêt fort est d’ordre idéologique ; il s’agit de ce dont je ne saurais démordre, mon athéisme. D’où l’encadrement du spectacle par la Lettre sur les aveugles et la mort de Niels Lhyne, deux morts d’athées. Éviter aussi la fausse plénitude du théâtre, d’un certain théâtre.

Quelle forme donner au livre de sorte aussi que je ne retombe pas dans le piège de cet été ? Je ne puis de nouveau avoir recours au journal de travail. Je mets les deux partitions à la suite et je fais une grande note de travail.

lundi 22 novembre 2004

Classé dans : 3. Les Variations Darwin (janvier à décembre 2004) — admin @ 16 h 51 min

Je commence à me sortir de là ; cela veut dire que le spectacle n’a vitalement plus besoin de moi. C’est toujours étrange. Reste à savoir maintenant comment écrire le livre que je devrai rendre assez tôt. Tirer un trait sur tout ça ; j’ai déjà une espèce de nostalgie. Et le spectacle, je ne sais pas si il n’a pas tenu ses promesses, mais il ne ressemble pas du tout à ce que je pouvais imaginer. J’attendais le cinéma et le roman victorien (ordre inverse), et c’est Beckett qui est arrivé. One more time. On ne refait pas son esthétique.

Pour le livre ? utiliser ceci : « Le passeport est la partie la plus noble de l’homme. (…) L’homme n’est que le véhicule matériel du passeport. » (9)

Pour une entrée en matière. A mettre en rapport avec Homme pour homme.

« J’ai toujours été opposé aux liens du sang, comme à tout autre lien d’ailleurs. J’aime bien avoir les mains libres. C’est vrai : on ne choisit pas son père et c’est pour ça qu’il peut détacher sa ceinture et vous flanquer une raclée. Si on pouvait choisir son père, il ne ferait pas tant de bruit à table, en mangeant. » (121)

Dire : le gène est la partie la plus noble de l’homme. L’homme n’est que le véhicule matériel de ses gènes.

Les œuvres d’art échappent aux « souffrances de l’utilité ».

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