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mercredi 31 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 47 min

Impossible de formuler les trois idées capables  d’expliquer le projet aux danseuses. L’angoisse, le blocage, trop connu ; l’envie de fumer parce que s’éloigne l’hypothèse du traitement lourd (implants, etc). Plus aujourd’hui la prostate, manquait que ce coup de vieux. C’est la paralysie.

J’essaye ceci :

Cet Hors Série, il serait bien de le considérer comme une pièce détachée de ou attachée à un projet en cours que par boutade ou bravade je devrais intituler ainsi: Pourquoi je ne monte pas La vie de Galilée de Bertolt Brecht. Rassurez-vos : je tâcherai de trouver un titre plus positif. N’empêche : des amis bien intentionnés, ayant remarqué que mon théâtre flirtait dangereusement avec la science (on excusera le côté à l’emporte-pièce, -c’est le cas de le dire- de la formule sur l’obligation d’aller vite à l’essentiel), me demandaient pourquoi je ne m’attaquais à la pièce de référence en la matière, ce fameux Galilée.

Pourquoi je ne monte pas La vie de Galilée de Bertolt Brecht ? Premièrement, parce que je ne monte jamais de pièces (je ne sais même plus pourquoi, et je ne vais pas changer d’idées, le plus dur étant fait. Deuxièmement parce que je ne saurais pas quoi faire de ce chef-d’œuvre. Au motif qu’il faut sans doute plus que jamais, face à la touristification de la culture, en finir avec les chefs-d’œuvre et qu’un reste d’esprit brechtien me souffle qu’une manière d’en finir, sachant au demeurant que ça ne finira pas, c’est justement de ne pas sauver Brecht contre lui-même, exalter le génie du dramaturge contre les rigidités du penseur. Car Brecht est un dramaturge et qui pense, et selon moi on ne peut, sauf si on veut faire de Brecht un Auteur éternel et par conséquent éternellement actuel (c’est vache pour cet artiste qui a essayé de penser et représenter l’histoire dans laquelle il était tombé, d’historiciser son regard et le nôtre, -c’est ça la distanciation) séparer les deux. Autrement dit, il semble aisé de sauver d’un côté le théâtre récréatif (la Grande Récréation, voilà une notion à la Brecht), un théâtre qui se complaît dans ses jeux et de passer à l’as ce qui est plus dur à avaler en ce début du XXIè siècle et qui est ce que l’on pourrait appeler la leçon (Lehre, pour les pédants ou les germanistes, ou les Allemands) : l’idée que Galilée n’est pas seulement la victime de l’Inquisition et de l’obscurantisme, n’est pas peut-être l’homme rusé dont la rétractation lui permet la poursuite de son travail, mais qu’il est surtout « un criminel social », celui dont la faute sociale ou l’erreur politique a été de couper la science du peuple, de permettre aux puissants de la confisquer.

Si on prend les choses au sérieux, si on est attentif au fait qu’une œuvre d’art est aussi une œuvre de pensée (et cela vaut tout particulièrement pour Brecht), on est obligé de reconnaître la distance historique elle aussi qui nous sépare de Brecht.

Qu’est-ce que je peux faire si je ne monte pas La vie de Galilée de Bertolt Brecht ? en faire une espèce d’autopsie (si prétentieux que cela paraisse), ou une anatomie ou une espèce de commentaire qui essaiera de libérer de l’imagination.

A quoi j’avais beau jeu de faire remarquer que, premièrement je ne monte jamais de pièces (je ne sais même plus pourquoi) et que deuxièmement, c’est peut-être un reste de brechtisme en moi (on ne se refait pas tout à fait) qui me retient.

Je pose en effet cette question : que peut-on faire avec une telle pièce ? La monter telle que, comme la pièce classique (on fait venir les classes, on remplit avec les scolaires) qu’elle est devenue ; on remarque que c’est du grand théâtre, -ce marxiste, quel grand dramaturge quand même !-, c’est du grand théâtre récréatif (question brechtienne : comment distraire un public distrait ?). Ainsi le tour est joué ; la pièce aussi. Ou alors on a des difficultés à envisager de la mettre en scène

Eh bien, la monter me répondent comme un seul homme les sots et les habiles.

C’est en effet un geste peu brechtien que de prendre la pièce telle quelle comme un classique ou comme prétexte à spectacle récréatif (quelle belle pièce et qui permet quel beau théâtre ; bon l’auteur était marxiste, mais l’artiste arrive à prendre le dessus, etc., etc.!) en perdant de vue le projet de

Il faut reprendre tout à zéro et simplifier. Tout plutôt que cette agonie.

Il faut faire comprendre ceci que mon théâtre, depuis quelque temps un peu préoccupé par la science (formulation un peu massive)

Cet Hors Série, il serait bien de le considérer comme une pièce détachée de ou attachée à un projet en cours que par boutade ou bravade je devrais intituler ainsi : Pourquoi je ne monte pas La vie de Galilée de Bertolt Brecht. Je ne m’étendrai pas ici et maitenant sur ces raisons. La première, c’est bien sûr que je n’ai pas l’habitude de monter des pièces (je ne sais même plus pourquoi) et puis que ce n’est sans doute pas un service rendu à l’esprit brechtien que de monter sa pièce comme un classique éternel, Brecht qui était si attentif à l’histoire.

Dans notre projet La Vie de Galilée est à proprement parler un prétexte, l’œuvre à laquelle notre imagination va se frotter pour trouver ses voies propres. Donc un commentaire, une anatomie, une autopsie, on reconnaît ici des résonnances müllériennes. Il ne s’agit pas d’actualiser le chef-d’œuvre par des astuces de mise en scène (costumes de maintenant ou scénographie intemporelle) mais au contraire de trouver la bonne distance avec la pièce en la déconstruisant (je n’aime pas le mot, je m’en méfie) mais je ne veux pas dire, évidemment, en la détruisant (elle me survivra, je le sais) mais en la travaillant, en nous travaillant avec elle (un jeu aussi) pour libérer notre propre imagination.

Il y a ainsi des motifs qui m’arrêtent (ou plutôt au contraire qui me mettent en mouvement) : la pièce de Brecht est intéressante non pas tant parce qu’elle reprend le mythe de Galilée (tout le monde connaît ce mythe, la raison, la vérité, qui entre en conflit avec la foi et les forces qui la défendent, et le héros est détruit –abjuration, etc) ; elle ne reprend pas tant ce mythe pour le transformer, retourner : Galilée selon Brecht n’est pas la victime que le mythe raconte, il est en fait un criminel social, thèse avec laquelle il faut bien se débattre même si les gens de théâtre préfèrent fermer les yeux sur la difficulté de la chose au profit de l’exaltation du génie dramatique du dramaturge ; la pièce ne nous intéresse pas tant par ce biais que parce qu’elle est un formidable poème, tragique, c’est à voir, sur la passion de la science, ou la science comme passion. L’Occident est obsédé par deux passions : l’amour-passion et la sciencepassion, pourrait-on dire (il faudrait sans doute ajouter le pouvoir-passion). Le théâtre a beaucoup fait pour l’amour-passion, il a beaucoup donné ; il a fait moins (on se demandera pourquoi) pour la science-passion. Brecht le fait très bien, mais malgré Hiroshima sous le coup de quoi la pièce s’écrit ou du moins se transforme, il ne veut pas y voir une passion tragique, c’est-à-dire qui mène à la destruction. La question à reprendre aujourd’hui, et ce n’est pas chose simple, c’est de bien voir qu’il ne s’agit pas seulement du combat émancipateur de la science avec l’obscurantisme, des Lumières avec les ténèbres mais aussi des Lumières avec elles-mêmes. Science lumineuse, mais science dangereuse : je veux y revenir, jouer de nouveau avec cela sur les décombres du chef-d’œuvre de Brecht. Ne faut-il pas en finir avec les chefs d’œuvre, peut-être uen cause de salubrité artistique en ces temps de touristification patrimoniale de la culture et de l’art ? Passons.

Voilà déjà de quoi nourrir notre imagination, de quoi forcer nos talents. Mais devant cette science-passion qui va entre autres nous faire nous rêver comme maîtres et possesseurs de la nature (Descartes), il faut aussi reconnaître que notre culture a su développer des contre-feux, que du plus loin qu’on se souvienne, nous ne pouvons pas dire que nous n’avons pas été prévenus : voyez l’affaire Prométhée ou la bible qui nous invite à nous méfier de la science. Cela s’appelle la sagesse, et me paraît un contrepoids nécessaire à la passion Galilée. C’est Epicure, c’est Pyrrhon, c’est Montaigne aussi (notre raison nous fait pêcher par orgueil, hybris tragique dont nous serons punis) vivons tranquillement avec notre cochon et notre whisky.

Et puis il y a Virginia, la fille de Galilée, si différente du personnage de Brecht. Ce n’est pas seulement pour lui faire justice que nous avons de nous arrêter sur elle (ou plutôt de la mettre en mouvement, de la faire danser). Pas seulement pour réparer un méfait (on dirait que la Virginia de Brecht ressemble plus à sa propre fille qu’à celle de Galilée, une hypothèse), mais parce que, enfermée au couvent à l’âge de 13 et qui y vit une vie rude jusqu’à sa mort précoce, elle oblige à rêver sur la tragédie (est-ce le bon mot) de la « clôture des filles » (quelle expression !), à revenir sur ce destin de femme et de fille toujours aimante et qui écrit des lettres au père dont la lecture aujourd’hui demeure poignante et qui invitent l’homme de théâtre à en faire quelque chose.

Pour le Hors Série, -j’y arrive enfin-, il y a une intuition de départ qui se change en hypothèse de travail. Soit un dispositif une comédienne (Jeanne B) et une ou plusieurs « danseuses) qui tentent de s’emparer du matériau Marie-Céleste (Virginia). Matériau-Médée, disait Heiner Müller. Toutes choses égales d’ailleurs, je dirais : Matériau-Marie-Céleste. On comprend qu’il ne s’agit pas d’une reconstruction historique, de tâcher de faire semblant d’être une Clarisse du début du XVIIè siècle, mais de chercher à donner corps et forme aujourd’hui à cette hypothsèe en forme de métaphore : la danseuse et la nonne. Question de discipline. Le profane que je suis dirait : de l’âme et du corps, c’est pareil.

Un titre : Virginia ou la clôture des filles, ou bien : Marie-Céleste ou la clôture des filles.

Le XVIIè siècle, ce n’est pas si loin.

Il ne s’agit pas d’actualiser le chef-d’œuvre par des astuces de mise en scène (costumes de maintenant ou scénographie intemporelle) mais au contraire de trouver la bonne distance avec la pièce en la déconstruisant (je n’aime pas le mot, je m’en méfie) mais je ne veux pas dire, évidemment, en la détruisant (elle me survivra, je le sais) mais en la travaillant, en nous travaillant avec elle (un jeu aussi) pour libérer notre propre imagination.

Quel charabia que tout ça ! Pourquoi suis-je incapable de m’expliquer ? Manque d’entraînement ? Pourtant ça fait des années que je m’esquinte. Dans cette affaire de Clarisses, où est-ce que ça bloque ?

lundi 29 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 48 min

libido sciendi : croquer au fruit défendu.

Pour Anne Fontanesi et Mathilde Monnier :

L’exercice que nous pourrions faire serait une pièce détachée ou à attacher, pièce attachée, ce n’est pas mal non plus, au projet en cours (titre provisoire Ciel ouvert) qui tourne autour de la figure de Galilée, il faudrait dire du mythe de Galilée, et de ce que l’on peut en faire aujourd’hui. Ce matériau intéresse particulièrement un homme de théâtre dans mon genre, élevé au lait brechtien (coupé de vinaigre beckettien, il est vrai), mais qui pour des raisons autres et d’autres rencontres s’est retrouvé dans une sorte d’obligation de frotter son théâtre avec l’imaginaire scientifique tout en tentant modestement de fabriquer des spectacles qui soient contemporains de la Science et de la technique, souvent les impensés de notre art.

Alors pourquoi un retour à Galilée ? Au demeurant, est-ce vraiment un retour ? Ou il faut reconnaître que je ne suis pas le seul à le faire. Je ne parle pas ici du théâtre, mais, tiens par exemple de l’Eglise. Il est curieux que le pape, le précédent, Jptwo, ait cru bon, alors qu’il se fendait d’un beau discours pour fêter le centenaire de la naissance d’Einstein, mais oui !, donc en 1979, ait cru bon de demander à ses services de mettre au clair cette affaire Galilée qui commencait à faire tâche indélébile dans les rapports de la science et de la foi (c’est ça un mythe).

Je ne raconte pas maintenant le détail de l’affaire et laisse en suspens (pour le suspense-ici pas au sens que ce mot a dans le droit canonique) les arrière-pensées que je soupçonne (on ne se refait pas) derrière ces pieuses et bonnes dispositions dans lesquelles le cardinal Ratzinger, chez nous on dirait le dramaturge du précédent, devenu rôle titre désormais et metteur en scène ; je ne ferai pas encore entrer en scène le cardinal Poupard qui a eu la charge de ce dossier (ça a quand même pris plus de dix ans, jusqu’en 1992) ; je ne dirai pas ce que ça redessine des rapports science/religion, une religion qui sait qu’elle ne peut esquiver le débat avec la science : affaire Galilée, pas morte.

Science et religion, théâtre et science, voilà de quoi occuper l’esprit. Comment faire, par où s’y prendre ? Après ces années de conversation avec la science, et après pas mal d’évitements, rien de surprenant à ce que je tombe sur que je trouve en travers de mon chemin la pièce de Brecht, la référence en la matière, La Vie de Galilée. Alors que fait un homme de théâtre quand il tombe sur un engin pareil ? Il la monte et il voit ce que ça donne. Mais moi, outre que je ne monte pas de pièces de théâtre (je ne vais quand même pas m’en expliquer ce matin, une fois de plus), -sais pas faire, pas envie ; outre que cette pièce est montée régulièrement avec plus ou moins de bonheur mais toujours un petit succès, il y a ce fait qu’elle est devenue un classique, et comme tel pose problème ; Ou on la monte comme un classique ou bien on est un peu brechtien (allez, une dernière fois !), et on se demande par exemple quelle est sa valeur de matériau. Ou en fait l’autopsie (Müller dirait plutôt « anatomie »), on la décortique un peu, animé par un gestus du genre : pour en finir avec les chefs-d’œuvre. Tant pis pour toi, Bertolt. C’est toi qui a dit que les barbares faisaient du bois de chauffage avec les œuvres d’art romaines, etc.

Valeur de matériau plus que matière à théâtre.Donc ou bien on se dit que c’est pur théâtre et qui fonctionne encore aujourd’hui à merveille (ah ! les beaux tréteaux de France) et on n’est pas trop regardant sur ce que ça raconte, comment Brecht travaille ce fameux mythe, en fait tente de le briser pour lui en substituer un autre (pas Galilée victime de l’Inquisition obscurantiste mais coupable de  trahison sociale, faute politique, etc). Curieux de noter qu’un marxiste comme un catholique ont intérêt à réécrire le mythe ou s’en dabarrasser puisqu’aussi bien Ratzi tente aussi de réécrire le truc : l’Eglise ne pouvait pas tout savoir, ce n’est pas le conflit du pouvoir et du savoir mais la contradiction de deux savoirs : l’Eglise n’est pas irrationnaliste, Galilée est un rhéteur de génie mais il n’avait pas toutes les preuves, non ? Merci Paul (Feyerabend) Donc l’Eglise n’est pas anti-science au contraire, mais elle est sage, ,et dans sa grande prudence ne met pas les bœufs après les charrues ou les étoiles devant les lunettes, etc. Du coup quand on vous dit que vos cellules-souches vous pouvez vous les garder, mais je ne veux pas casser le suspense, je l’ai dit.

Alors, valeur de matériau ? Il ne faut pas que cette expression fasse trop BTP. Disons plutôt rêverie théâtrale en autopsiant la pièce ou jeu d’enfant en cassant le joujou, la poupée Galilée pour voir ce qu’il y  a dedans. Accrocher sa propre rêverie à des lambeaux de pièces. Cela s’appellerait rapiécer. Non. Cette fantaisie à propos de la Vie de Galilée, plusieurs voies, pistes, lignes de fuite, quelques hypothèses de travail (ou de jeu) : la méditation sur le pouvoir (qui est peut-être le point fort de Brecht, marxiste) et la fameuse scène de l’habillage du pape : qu’on ne s’y méprenne pas ; ce n’est pas seulement une réflexion sur le fait que l’habit fait le pape, mais surtout que la responsabilité du pape n’est pas exactement celle de l’homme privé (l’homme éclairé qui comprend le travail de Galilée), que la vérité n’est pas une catégorie politique, que la question posée par la pièce n’est pas seulement le conflit entre un pouvoir rétrograde et la vérité émancipatrice. Autrement dit le pape n’est pas seulement le gardien d’une idéologie (il tient la vérité de l’Ecriture), il est aussi un politique. Alors comment une vérité scientifique peut-elle dangereuse, non pas seulement théologiquement ou idéologiquement, mais politiquement ? Et quelle serait notre manière à nous de penser cela aujourd’hui ? On peut en imaginer des échos : qui veut claquemurer la science ? Plus le combat du discours scientifique avec la parole de dieu, mais qui nous dit qu’on n’a pas, sur un autre terrain que religieux, mais toujours sur celui de la croyance. Qu’est-ce qui contrecarre le développement de la recherche scientifique : les grands intérêts.

Autre piste à laquelle les remarques précédentes nous invitent : ce qui est beau dans la pièce de BB : la manière dont il parle et montre le désir, le plaisir de la recherche, cette passion-là. Voyez le petit moine qui ne peut résister à aller examiner les papiers de Galilée sur le mouvement des marées. Car cette pièce parle d’abord de cette passion assez particulière à l’Occident, née il y a belle lurette en Ionie et qui nous tient depuis la passion de la science.

Reprise : sur les pistes : Je parlais du pouvoir, de la réflexion que cette pièce comporte sur le pouvoir (et pas seulement sur le pouvoir sur les esprits ) l’idéologie religieuse n’est pas là seulement pour aliéner le peuple et le maintenir en servitude, c’est plus compliqué que cela, dès lors que par exemple l’Inquisiteur fait allusion à la politique européenne, il s’agit de tout autre chose. Le schéma n’est pas seulement raison et foi, savoir et pouvoir ; je veux dire que la lutte n’est pas seulement entre le savant et le politique, mais entre les politiques. Le contexte, c’est la guerre de Trente ans, c’est la politique espagnole du Vatican, etc.

mardi 30 janvier 2007  (0:27)

Pièces détachées : il y a des pistes où s’aventurer, d’abord celle de la science elle-même, je dirais, la science comme passion. Je lisais récemment je ne sais plus où que l’amour-passion et la science étaient les deux grandes affaires de l’Occident. Notons que l’amour a davantage occupé le théâtre que la libido sciendi, ce désir de savoir ou volonté, après tout, mais avec La vie de Galilée, nous avons un portrait du savant en jouisseur et non du savant fou ou diabolique ou infernal : Galilée n’est pas Faust, même s’il finit aussi aveugle… Cette passion qui est plus forte que la peste (mais n’est-ce pas aussi la peste qu’apporte toute connaissance nouvelle ?) Toute une érotique du savoir qui est différente de la rhétorique du savant fou ou du savant faustien (modulant le motif de l’apprenti-sorcier). Ici c’est un mythe des Lumières. Galilée Aufklärer ; la raison contre le dogme. Mais le plus vif, c’est peut-être cette boulimie et jouissance. La pensée (la recherche) comme un des plaisirs de l’humanité. Quelque chose qui m’intrigue, à vrai dire. La science comme plaisir, comme passion. C’est ce qui rapproche le scientifique de l’artiste, comme un créateur. Inventeur d’un monde, et le monde réel. Cette curiosité à comprendre le livre de la nature, écrit certes en langage mathématique. Déchiffrer une énigme : la curiosité, comme en amour, je vous dis. La passion de connaître qui est peut-être aussi passion de posséder (voir le programme de Descartes : connaître la nature, c’est vouloir s’en rendre comme maître et possesseur.) Mais ce qui vient à l’idée, devant ce portrait du savant en amoureux, c’est que l’Occident a aussi produit comme l’antidote à cette passion, fait un contre-portrait. Le mythe ne nous rappelle-t-il pas à la raison, curieusement. La science, même avant Hiroshima ou Dolly,  toujours été dangereuse, et le mythe de Prométhée comme le mythe biblique invite ou incite à la prudence.

Il y a l’idée d’inventer (Olivier Perrier et son cochon, Bibi) un personnage contradictoire :celui qui se méfie, qui développe une certaine sagesse probablement pour atténuer les dangers de la science. Une excroissance de la pièce, certes, mais aussi une histoire personnelle

( 9:53)

Le hors série pourrait entrer comme pièce détachée ou à attacher (ça fait plus ère numérique) dans un projet en cours (le Galileo project) dont le titre très provisoire est : Ciel ouvert

Effet loupe, excroissance, hernie, rêverie

dimanche 28 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 45 min

La fatigue littéraire.

Ce que je formulais plus haut, contre l’égotisme-narcissisme de l’artiste : comment se distraire de soi ?

Je relis et copie/colle. Pourquoi ? Bouffées de néant.

Je cite.

Je pensais qu’il était plus facile de perdre sa mère, surtout après ces années de répétition que nous avons vécues tous les deux. Un duo, un duel, parfois. Et ces visites rituelles à l’hôpital qui méritait bien son nom de long séjour étaient à chaque fois de petites cérémonies des adieux à la déjà disparue.

Je souhaitais cette mort ; je soupçonnais ma mère de vouloir que je meure avant elle. Et même les derniers jours, quand elle était sous morphine et que la machine à oxygène entrecoupait le chant de sa vraie respiration, près du lit dans le fauteuil, j’hésitais à m’assoupir de peur de ne pas me réveiller.

Ici, cet été, dans sa maison, chaque objet me bouleverse ; une pitié me saisit. Ces objets familiers au point d’être indifférents est désormais chargé de souffrance et de destin. Ces tableaux, ces étoffes que je haïssais et qui heurtaient mon goût, les voilà qui désirent subsister avec un air si calme ; ces photos que plus personne ne regardera sont devenues éternelles.

Ce livre c’est aussi pour te rendre visite, comme je faisais à l’hôpital, seul dans mon monologue. Comment puis-je dire que ces visites me manquent ?

Je ne comprends rien à une vie comme la tienne. Vanité des vanités, mais la mienne est encore plus grande, moi qui débats avec l’éternité de l’œuvre, et pour rien. Je ne m’attendais pas à ce que tu me manques autant.

Des giclées de douleur à l’improviste dans la journée. Je me hais de t’avoir donné une mort aussi moche. Enfermée dans cet hôpital. J’ai accepté de me conformer. Comme d’aller voir quelqu’un en prison. Je ne suis pas fier de moi, même si tu es sans doute partie en pensant que tu avais un bon fils, mais d’abord tu voulais t’en aller de là. Je me suis débarrassée de toi ; la revanche était : un lourd fardeau.

Est-ce la lâcheté ? Quel mot ?

La méditation sur le cadavre. Je suis dans notre maison de Dordogne, à des fins curieuses de théâtres en train de lire (peut-être relire, je ne me souviens pas) un texte de Heidegger que tu as bien fait de ne pas fréquenter, un texte sur la chose, sur la choséité de la chose, à quoi je n’entends pas grand-chose. Heidegger a pensé la cruche, je passe les détails, mais je ne puis m’appliquer à ma lecture, c’est encore ton cadavre qui se présente à moi, et surtout dans la chambre funéraire de l’hôpital Necker-Enfants malades, un lieu à toi. E une chose ? Non parce qu’on ne peut rien en faire. N’ose pas trop y toucher. Je risque quelques baisers sur ce front frigide. On parle du froid de la mort ; c’est plutôt celui du frigidaire dans lequel tu reposes attendant ma visite, qui sait ? Tiens, je suis venu avec un pétunia rouge. Tes petites filles m’ont dit que tu les aimais, je ne me souviens pas. Donc une chose à contempler, et dans l’urgence. Après-demain, ce sera fini, je ne te verrai plus jamais ; on enfermera avec toi quelques fleurs de ton jardin, coupées exprès pour ce voyage étrange. Je n’ai pas du tout envie de retourner à ma lecture, une lecture bien peu jouissive. Je passe ce petit moment avec toi. De la fenêtre de la petite maison où je travaille l’été, je vois celle de ta chambre, la mienne désormais ; ce ne serait pas si difficile que tu n’y sois pas. Rembobinons un peu, qu’est-ce que ça coûte ? Il est tard, je suis à ma table ; je vois que tu éteins ta lampe, sans avoir prié, sans lire de livre, pour dormir. C’était il n’y a pas si longtemps, et je ne savais même pas goûter cette coexistence que d’un accord tacite, nous voulûmes pacifique. Piété de mon côté qui ne se discute pas mais sans plus, amour du tien, mais trop pudique et assez paresseux aussi pour chercher les mots ou les gestes pour l’exprimer.

Une chose ? Mais je ne te reconnais pas dans ton cercueil ; c’est moi que je vois. Le visage émacié par l’agonie, la bouche creusée par la denture en allée, c’est mon masque à moi. Je ne veux pas te voler ta mort, mais devant cette chose pas une chose que tu es devenue, et provisoirement, mon imagination a fait le saut : maintenant c’est moi dans la boîte, et mes enfants devant ma chose. Je m’apitoie sur moi-même et sur le peu de temps qui me reste. Je repense à la mort du père, il y a presque vingt ans, c’était hier. Encore autant et j’aurai l’âge de sa mort. C’est fulgurant, c’est un instant, et rien ne dit qu’il durera même vingt ans.

Un an après. Je n’ai pas été très bavard cette année. Un creux à la vie comme il y a un creux à l’estomac. J’ai acheté aujourd’hui trois bégonias et j’ai fleuri sa tombe. Il faisait beau et chaud, pas comme l’année dernière pour l’enterrement, cette pluie presque nordique. Le temps qu’il fait le jour où l’on porte les siens en terre. J’ai regardé l’inscription, l’ai trouvée un peu de traviole, visité un peu les tombes à l’entour, ces tombes aux noms familiers de mon enfance. Petit cimetière propret ; on a refait la tombe du jeune homme tombé à St Vaast à 22 ans, en 1916, une étoffe tricolore aujourd’hui sur la sépulture. Je suis repassé par le village. La maison de mon enfance, ou ce qu’il en reste après le démembrement d’il y a vingt ans maintenant est à vendre dans une agence Century de Limours. Même pas de tristesse de voir ce que ce village de paysans (c’est déjà les moissons aujourd’hui) est devenu, dortoir pour petits-bourgeois pavillonnaires. Les noms des familles, un univers défunt. Tout le monde est déplacé ; après tout, je n’en sais rien.

Voilà un an que je patauge dans les eaux glacées de l’absence, où je ne peux même pas me noyer. Tu étais si vieille et, quinquagénaire bien entamé, je pouvais vraiment faire un orphelin passable. De quoi je me plains ? Je n’en pouvais plus de ta vie dont j’étais le seul de nous deux à avoir conscience (de cela je ne suis pas certain tant quelque chose de toi tenait à la vie, même quand celle-ci ne tenait plus qu’à un fil, celui de la perfusion par exemple). Que tu disparaisses, le naufrage, l’engloutissement fut très lent, que tu me laisses, il n’y a aucun scandale là-dedans. Nulle révolte possible. Il faut avaler la pilule en silence. Pas me mettre à hurler quand même.

Pendant un an, j’ai essayé de penser à autre chose, essayé de ne plus penser à l’hôpital, ces visites presque quotidiennes, un creux à la place, et l’oubli plus facile qu’on croit ; le creux, un vide. Le curieux deuil. J’espérais une sorte de libération (mais j’ai maintenant d’autres croix à porter), une forme de soulagement ; un soulagement donne un allègement. Je n’ai plus ma corvée à faire : c’est la fin de la journée, je prends ma voiture (ou le métro Falguière direction Convention), rue Lecourbe, toujours les mêmes embouteillages ; je mets la radio, France Info ; il pouvait pleuvoir ou faire beau, faire froid ou faire chaud, les essuie-glace ou la climatisation. En haut de cette butte, dans cette rue de grammairien, il fallait garer à cheval sur le trottoir et la chaussée, une tolérance. Je salue le gardien, il y en a un que j’aime bien ; il m’appelle par mon nom, ne remplit pas le bordereau, je fais comme chez moi, l’ascenseur, dernier étage, chambre 29, voilà je ne suis même plus certain du numéro, mais je la revois bien au fond à droite, dans le petit salon, comment ça s’appelle, une sorte de rotonde, je crois qu’on l’appelait ainsi, la rotonde, avec les fauteuils en faux cuir placés devant la télévision et où je te trouvais parfois au milieu des autres égarés, toi que j’avais abandonnée là, là devant cet écran qui ne te disait montrait plus rien. Au-delà de la télévision. Surtout arrivé à l’étage, j’étais saisi par l’odeur, de produit désinfectant, d’urine et de mauvaise bouffe d’hôpital.

Peut-être tout fils un peu travaillé par les mots porte-t-il en lui le livre de sa mère. Une série de clichés, un album de clichés bien sûr, mais qu’importe ? Me vient l’idée de remplacer ces visites si pénibles par des visites sur le papier ou à travers le papier ou à travers l’écran puisque ordinateur il y a ; oui, de l’autre côté de l’écran. Moi qui ai peu de mémoire, peu de talent pour la description ou la narration, je trouverai peut-être quelque chose que j’ignore encore aujourd’hui à l’heure où je m’y mets. Donc je sacrifierai à ce genre littéraire un peu désuet ; je pense au thrène de Deguy. Parler de ce devoir de visite (qui nous change du droit de visite, plus répandu). Un an après, après que le travail du deuil a dû être fait. Ce qui me vient d’abord ? La bouche édentée. Mon malaise devant cette bouche en ruine, qui creuse les joues qui font le vieillard. Un mot étrange : une vieillarde. Il faudrait dire une petite vieille.

Hier, c’était l’anniversaire de ta mort, le premier. Une vieille femme faisait l’aumône devant un arrêt d’autobus, assez proprette, avec ses sacs. Je passe indifférent puis je me sens envahi d’une espèce de honte ou de compassion, des sentiments que je n’aime pas beaucoup ; j’aurais pu lui donner quelque chose en ton honneur, pour cet anniversaire ; quand je repasserai après la librairie Tschann, je lui donnerai quelques euros, cette monnaie que tu n’as pas connue. Au retour elle avait disparu. Comme une morte ; peut-être ne la reverrai-je jamais, elle n’est pas une habituée. Peut-être n’est-elle venue qu’aujourd’hui se mettre sur mon passage.

Une petite visite. Ce qui m’a toujours taraudé, pourquoi auras-tu vécu ? Je veux dire : ce qui m’a toujours intrigué à ton sujet, c’est que vivre (et il y avait de la vitalité en toi, une volonté de conservation de celle-ci) mais comme une finalité sans fin. Vivre pour vivre, cette tautologie-là. Ne demander à la vie que de vivre, ce qu’un animal ne fait pas. Une force aveugle ? Une espèce de sagesse. La question de la tenue. Ce vouloir-vivre, c’est quand même ce qui m’a démoli ces dernières années. Ça a duré un peu trop. C’est-à-dire qu’il n’y avait chez toi aucun penchant pour la mort mais une sorte d’indifférence, une vie qui n’est pas aiguillonnée par la mort, puisque de toute façon « c’est comme ça ». D’où l’impassibilité : je ne suis pas sûr de t’avoir vu japmais sourire. Y a-t-il eu dans ta vie un jour de bonheur ? Celui d’être mère ? Une vie sans état d’âme. Peut-être sans âme, du coup.

La difficulté de mon deuil à te tuer vraiment tient-elle à ce refus de capituler devant la mort qui était si fort chez toi ? L’aiguillon de la vie et non celui de la mort. La vie était-elle à elle-même récompense suffisante ?

Montaigne a cette expression : ne tenir à la vie que par la vie seulement. Tu as eu une mort que Montaigne aurait jugée bonne. Ne pas redouter la mort, ne pas la souhaiter : « deux passions à craindre ». (M. 739) Au fond tu me reprochais de vouloir vivre par écrit, être habile homme par écrit, et un homme de néant et un sot ailleurs. (ibid. 764). Un livre sur soi est toujours une peinture morte. Et muette. C’est vrai que je n’aime pas me relire, je ne m’aime pas dans mes écrits, moins que dans ma merde ; c’est la redite perpétuelle, tirant sur le flétri et le rance. Quand je relis tous mes carnets…

C’est l’été, et je suis comme j’étais moins assidu à te visiter. Ce fardeau des visites sans dialogue. Se voir seulement, échanger toujours les mêmes banalités dans le même ordre, et s’en repartir soulagé et vaguement coupable. Mais notre entente peut-être n’avait jamais été aussi grande, l’échange du temps que tu avais un cerveau n’était pas plus riche. Des relations neutres, pensais-je, une chance probablement : rendez-vous compte un homme que sa mère n’a pas marqué. Nous nous tenions en respect, quelque chose comme ça. Maintenant que je prends la mesure du néant de ma vie, je n’ai plus aucun avantage sur toi, sauf celui, et il n’est pas mince, d’avoir davantage joui (dois-je ajouter : de la vie ? Ou je conserve à ce verbe son intransitivité…). Curieusement je ne me suis jamais vu dans tes yeux, jamais compris comment tu me percevais, l’idée que tu te faisais de moi, derrière l’impassibilité. »

Projet Galilée. Les exigences biographiques, comme on disait dans le temps. Ou les raisons de faire cela plutôt qu’autre chose ou que rien du tout. Le pôle épicuro-stoïco-sceptique (OP et Bibi), de ce point de vue, ça tient le coup. Il peut y avoir une certaine adéquation entre la présence ici et maintenant  et ce qu’il y a à dire. Le vieil acteur qui se fait producteur de ouisqui. De même pour J. Le problème, c’est le chœur des Galilée (les plus ou moins jeunes chercheurs). Pas seulement des jeunes comédiens qui joueraient (=faire semblant) à aimer la vérité, à faire les chercheurs, etc. Ça risque d’être pauvre. Si c’était un chœur de musicien ? Toujours le vif du sujet.

Le théâtre ne devrait pas tant en demander ; un comédien n’a pas à ressentir (à faire sien) ce qu’il a à dire. Je parle du comédien. Il faut au contraire que le comédien se détache de lui-même. La partance.

Discussion avec Nicky : la question de la langue. Le massacre de l’anglais par tous ceux qui parlent cette langue. Les scientifiques. Travailler, penser dans une langue étrangère. Surtitrage. Le truc post-weillien auquel pensait Alexandros ? Quel effectif ?

Sœur Marie Céleste, fille de Galilée. Hors-série ou pas, cet exercice entre dans un projet en cours qui a plusieurs entrées

vendredi 26 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 44 min

Ecrire maintenant avec quelqu’un qui regarde par dessus votre épaule. C’est à la fois marcher dans la rue et se regarder par la fenêtre. J’avais proposé un titre : Ecrits antérieurs. Je suis peu de chose : il suffit que quelqu’un s’intéresse à moi pour que je sois un tant soit peu requinqué.

Pour la Lettre à JPS : en fait sur mon nihilisme. Je n’ai pas cru non seulement en moi (ça c’était assez réaliste) mais dans le monde (en le monde ?), ce qui est plus grave. Les références que je dois convoquer : sur la théorie, pas grand-chose. Que me reste-t-il de mes années laborieusement théoriques ? Pas grand-chose. Tout était joué avant, sinon d’avance.

Terrible de se dire qu’il faudrait avoir vingt ans de moins. Je me dis cela à 1 h du matin en revenant d’un dîner avec Alain. Un gâchis ?

Il est tard, je relis :

« Survie des parents. Les dissonances non résolues dans les rapports de caractère et de tour d’esprit des parents continuent à résonner dans l’être de l’enfant et font l’histoire intérieure de sa souffrance.

D’après la mère. Chacun porte en soi une image de la femme tirée d’après sa mère : c’est par là qu’il est déterminé à respecter les femmes en général ou à les mépriser ou à être au total indifférent à leur égard. (Nietzsche HtropH 617)

La première journée dans la mort de ma mère. J’avais vécu trop longtemps un pied dans la tombe de ma mère.

Pas de plus grande banalité que la mort. Nietzsche disait qu’au second rang venait la naissance et le mariage en troisième. (I,858) Ce n’est pas la pièce qui compte mais l’acteur. La pièce on la connaît, on ne la connaît que trop. Mais des acteurs sans cesse nouveaux savent qu’ils vont intéresser de nouveaux spectateurs.

Aujourd’hui j’ai mis de vieilles affaires, effets dans un grand sac poubelle, en me disant que sous peu mes filles feraient de même, et peut-être toutes ces paperoles.

La peur que j’ai c’est de me faire à ta mort, l’accepter trop facilement, pas par défaut d’amour mais parce que c’est la vie. S’y faire, puisque ce sont des choses qui arrivent, qui ne peuvent pas ne pas arriver. Mais c’est un oubli quand même.

La femme encore jeune sur son vélo dans notre village ; nous allions de conserve à la ferme du château. Moments, presque les seuls, d’intimité, ou j’avais le sentiment d’être une part d’elle-même, le fruit de quelque chose d’elle. Sinon ma mère me fut quelqu’un des plus étrangers. Pas mon père.

Ma mère avait fait beaucoup de vélo, la guerre.

Je ne me souviens déjà plus de sa voix. Je m’aperçois que je n’ai aucun enregistrement d’elle. Ce soir j’aimerais l’émotion de l’entendre.

Elle ne me comprenait pas.

Ma conception hédoniste de la vie. Comme on ne m’a transmis aucune valeur, aucune religion, peut-être des principes, mais cela serait à voir, je n’ai mesuré la vie qu’à l’aune du néant et de la mort. Alors il faut jouir de la vie jusqu’à la lâcheté ; rien ne mérite que l’on souffre ; aucune limite à mon plaisir que la souffrance de l’autre (ceci vu rapidement) ; je ne suis pas Sade mais un « petit compagnon », comme dirait Montaigne.

Rien de pire que l’ennui. Mais le désespoir foncier de ma mère qui aura supporté la vie. Mais je n’ai jamais compris ce qu’elle en attendait, pas de plaisir en tout cas.

Sur le scène, ce soir, une femme assez âgée, cheveux gris, comme ma mère. Je cligne un peu des yeux pour entretenir la confusion. Cette femme est dans sa cuisine ; je suis submergée par l’émotion et des larmes me viennent aux yeux. Je me dis : elle me manque. Qu’est-ce qu’avoir eu une mère ?

Des histoires de bicyclettes. Je passe l’autre jour rue Barbette où je suis né. Quand mon père est venu me voir, on lui a volé son vélo. La fin de la guerre ?

Les promenades à vélo très tôt le matin au printemps avant que mon père parte à Paris travailler.

Les roues, entre nous. Les engins à roues. »

jeudi 25 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 43 min

Relis les journaux de travail relatifs au Traité des formes (jusqu’à SK, en fait, mais celui-ci est assez checret) pour Julie. Impression étrange de mettre ses papiers en ordre (ou de l’ordre dans ses papiers). Ça me rappelle le projet montaignien à ses débuts, quand j’écrivais sur le fait d’être dans ses petits papiers. Je suis donc dans mes petits papiers. Ça commence en 2001 ; c’est si loin déjà. Le XXIè siècle, on est bien dedans ; il nous a déjà bien entamés. Ce qui me frappe l’absence de choses privées. Je ne pensais pas que c’était à ce point non-biographique (trouver qqch avec le musilien entwerden). Hier pendant la séance avec Julie au sujet de ces écrits, je parle de cette disparition, non seulement élocutoire mais disparition tout court. La disparition, c’est mon truc, et après je viens me plaindre ! Des carnets tout tendus vers le théâtre. Une lecture, une façon de lire non pour mon instruction, non pour penser quelque chose (forger ma pensée) mais pour en faire théâtre. C’est le principe de l’élection : cette phrase, je m’en servirai peut-être. C’est ma façon de penser, une étrange façon de penser. Je me prête à ces pensées, je ne les épouse pas. En fait, je ne pense rien (en dehors de quelques opinions-habitus, comme tout le monde) ; je me fais des pensées comme on se fait des femmes. Se faire des pensées, très différent de se faire des idées, cafardeux. Elles me séduisent, je leur fais faire un petit tour sur le théâtre, sur la scène. Je leur prête des corps. Une variante  de : mes idées sont mes catins. Ces idées me passent par la tête, littéralement, et les refile aux comédiens chez qui elles ne font aussi que passer (le temps du spectacle). Le théâtre, vraiment art de l’éphémère, pour le coup. Insouciance légèreté : ce n’est pas très éthique.

Ceci aussi : à partir de ce jour, l’observateur (-trice) pénètre dans la chose observée. C’est moderne. Situation assez étrange. Papiers pré-posthumes. Ça peut intéresser qui ?

Un peu plus tôt, au Chien qui fume, je lui raconte la Lettre à JPS. Comment j’ai découvert que j’étais un homme du ressentiment. Comment c’est lié à mon théâtre a-dramatique.

L’effet scorpion. La demande de Julie fait que ce journal va se mordre la queue, ou plutôt se régurgiter, puisque je suis bien obligé de prendre en compte le fait que je suis en train de me relire. Ces pages, toutes ces pages qui n’avaient pas vocation à trouver un lecteur (je ne me suis jamais dit que j’allais les relire ou les faire lire) en trouvent deux d’un coup : la jeune chercheuse (elle cherche quoi ?) et le vieux diariste. J’ai différé le moment d’affronter cette épreuve (déjà que je ne peux pas trop me voir, alors me relire !). Je dois confesser que m’y étant mis après la conversation avec Julie, je n’ai jusqu’ici pas trop souffert. J’ai assez bien supporté la chose justement grâce à la disparition de l’auteur dont j’ai parlé, moi. J’expliquai combien je me sentais à contre-courant : l’artiste travaille sur lui-même, travaille à son expression, quant il ne cherche pas à être son propre chef-d’œuvre ; même le metteur en scène qui pourtant n’est pas tout seul, travaille avec et sur les autres, même lui met son ego sur la table. L’artiste doit être un sujet intéressant, doit vendre sa singularité. J’en arrive à penser qu’actuellement l’artiste est plus intéressant que l’art (à l’époque de la mise en spectacle de l’art et de la culture, pour parler communément ; on parle davantage de « la place de l’artiste dans la société » que de celle de l’art). Et moi qui me fuis plutôt. Je ne me cherche pas (c’est comme ça que je vois les choses) à travers les, -comment dire ?- figures que j’évoque ou convoque, les Turing, Darwin, Ovide, Kafka, Klee ou Auden ; je cherche plutôt des échappées, à devenir autre, à faire passer les autres par ma tête (voir supra). Je n’est pas un autre ; il a à le devenir. Et je me demande si je ne puis pas dire la même chose de Montaigne, de mon travail avec lui. Je ne cherche pas à me lire en lui, ou pas seulement. Je ne me fuis pas non plus ; je me mets à fuir dans mes mots. Fuir. Au moins tenter un croisement.

C’est que je ne m’aime pas du tout ? Qu’importe. Le dégoût de l’intime, pas seulement de l’intime. Le moi est de toute façon haïssable. Une forme tenace de la haine de soi. Sans doute.

Je relisais donc, en arrangeant un peu (mais ayant sauvegardé une version originale), quand je tombe sur une remarque d’août 2001, écrite à La Roque et qui a trait à la mort récente de ma mère. Et tout à coup mon opération de blanchiment du biographique se met à m’intriguer et je me souviens de notes que j’avais prises en vue d’un livre que je me croyais dans l’obligation d’écrire sur ma mère, une dette véritable. Etait-ce une manière d’interroger l’anonymat dans lequel j’étais volontairement tombé ? Du coup, tâchant de me rendre présentable (de me communiquer, comme dirait Montaigne), me sachant sous le regard de ma lectrice, -c’est l’avantage que j’ai sur mes compagnons de thèse, Lagarce et Gabily, moi, je suis encore vivant et je sais qu’elle m’observe- je me pris à regretter comme une perte, non pour moi mais pour ceux qui me font l’honneur de s’intéresser à ce que je fais, ces quelques pages de grande intimité. Pourtant à l’heure qu’il est, j’hésite à faire sur mon ordinateur l’opération qui consiste à coller ici ces passages délicats. Je remets donc la chose.

mardi 23 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 42 min

Ou l’on considère que le ciel est un texte mathématique ( ?) ou c’est un message des dieux à déchiffrer.

Le projet Galilée :

lundi 22 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 41 min

Ces deux idées : que la nature est un livre écrit en langage mathématique (c’est mieux dit par Galilée et de manière plus complexe) ou ceci que je trouve chez Montaigne :

— Ai-je pas vu en Platon ce divin mot, que nature n’est rien qu’une poésie énigmatique ? comme peut être qui dirait une peinture voilée et ténébreuse, entreluisant d’une infinie variété de faux jours à exercer nos conjectures.

« Latent ista omnia crassis occultata et circumfusa tenebris, ut nulla acies humani ingenii tanta sit, quæ penetrare in cælum, terram intrare possit. » (II, XII, 518)

C’est dans le Second Alcibiade, traduction de M Ficin.

Notes d’intention à préparer :

Ciel ouvert (titre provisoire) Dois-je parler de la panne dans laquelle je suis ; jusqu’ici sans que je prémédite trop mes coups, les spectacles s’enchaînaient l’un à l’autre et je ne me posais pas de questions. Il y avait le désir de théâtre, disons ça comme ça.

Ou : je m’épanchais un jour auprès d’un ami sur la petite crise que je traversais, et à cause de la curieuse réputation que le théâtre que je fais a eue de se colleter à des objets scientifiques

Un jour qu’un ami voyant ma perplexité et ayant de bonnes raisons de connaître mon souci de faire un théâtre de l’ère scientifique, me voyant à cours d’idées, de projet, de formules, me demanda pourquoi je ne montais pas la pièce par excellence sur la science, la pièce mythologique, c’est le cas de le dire, La Vie de Galilée, « un vieux brechtien comme toi ». Un vieux brechtien, ça fait beaucoup, repartis-je, ça frise le pléonasme. Et même si je ne cache pas ni ne me cache combien le dramaturge allemand m’a marqué, mais la réponse était évidente pour moi : d’abord je ne monte pas de pièces, d’autres le font mieux que moi, la pièce a été montée souvent et récemment, et avec succès. Le marché est saturé, etc.

dimanche 21 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 42 min

Ai dévissé tout ce dimanche, après ma virée à Montpellier, le blues. Assez bien impressionné par la rêverie sur la biologie du développement qu’est le spectacle assez baconien de Xavier Le Roy. (Self Unfinished) : qu’est-ce qu’avoir un corps ? Mais rencontre trop tardive : elle aurait dû avoir lieu au moment de la Génisse.

Déjeuner Chien avec Olivier Perrier qui vient aux (mauvaises) nouvelles. Comment traiter le chœur des Galilée ? La pensée du cochon. Comment le faire parler ? Et il défend les valeurs chrétiennes. Le vivant, et le don de la vie. Ce scandale-là , je veux aussi le traiter : le caractère insupportable de ce don-là.

Dans le journal : au Texas (San Antonio), l’ « Abraham Center of Life » propose des œufs issus de donneurs de sperme et d’ovules fécondés en éprouvette et prêts à être inséminés au prix de 2500 dollars pièce. Et allons-y gaiement dans la marchandisation de l’humain. Embryons à la carte issus de géniteurs triés sur le volet, à choisir en fonction de leur origine ethnique, de leur éducation ou de leurs traits physiques

—nous aidons juste les gens à avoir des bébés.

Dans un autre genre, vu Le Grand silence. Quel égoïsme au fond dans cette séduction par Dieu. Oui, le mépris du monde. Qu’est-ce qu’ils achètent ainsi au prix fort ? Le salut, sans doute, mais surtout la paix sur terre. Laisser faire le silence en soi, se faire le silence en soi, et il se passera nécessairement quelque chose, Il parlera. Comme dit l’aveugle (qui a malheureusement le mot de la fin, car, au bout de 2h40, il y a une fin au film : s’il n’y a pas la pensée de Dieu, mieux vaut ne pas vivre. Et tout ce qui arrive est bon puisque tout ce qui arrive est permis par Dieu, qui est infiniment bon. Toute une vie enfermée pour cette « pensée ». Curieusement il ne se dégage aucune spiritualité du film. On voit une façon de vivre. On les voit en prière, et rien ne passe, rien n’a l’air de se passer, et le vieil aveugle qui vend la mêche. Il n’y a rien à voir, mpais nous sommes heureux, et passent le avions dans le bleu du ciel. Le plus troublant : les portraits face à la caméra. Les Chartreux ne savent pas trop comment regarder cet engin, esquissent un vague sourire pour la niche qu’ils font à la vie. Le couvent, comme niche, aussi. Mais j’ai eu envie de les fixer, de les regarder dans les yeux. Je ne sais pas si ça va beaucoup m’aider pour mes Clarisses.

Le Cantique des Créatures

ou

Cantique du Soleil

Je cite :

Durant l’automne 1225, épuisé par la stigmatisation et par la maladie, François s’était retiré à Saint-Damien. Presque aveugle, seul dans une cabane de roseaux que lui avait construite Claire, abattu par la fièvre, François composa ce chant d’amour qu’il fit monter vers le Père de toute Création.

Très-Haut, Tout puissant, Bon Seigneur,

à Toi louange, gloire, honneur,

et toute bénédiction,

à Toi seul, ô Très-Haut, ils conviennent,

et nul n’est digne de dire ton nom.

Loué sois-tu mon Seigneur,

avec toutes tes créatures,

et surtout Messire frère Soleil,

lui, le jour dont tu nous éclaires,

beau, rayonnant d’une grande splendeur,

et de toi, ô Très-Haut, portant l’image.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour soeur la Lune et les étoiles

que tu as formées dans le ciel,

claires, précieuses et belles.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour frère le Vent,

et pour l’air et le nuage et le ciel clair

et tous les temps par qui tu tiens en vie

toutes tes créatures

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour soeur Eau, fort utile,

humble, précieuse et chaste.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour frère Feu, par qui s’illumine la nuit,

il est beau, joyeux, invincible et fort.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour soeur notre mère la Terre

qui nous porte et nous nourrit,

qui produit la diversité des fruits,

et les fleurs diaprées et l’herbe.

Louez et bénissez mon Seigneur,

rendez-lui grâces et servez-le,

tous en toute humilité!

Une avant-dernière strophe, hymne au pardon et à la paix, fut ajoutée en juillet 1226, au palais épiscopal d’Assise, pour mettre fin à une lutte acharnée entre l’évêque et le podestat de la ville. Ces quelques vers de l’apôtre de la paix suffirent à empêcher la guerre civile.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour ceux qui pardonnent par amour pour toi,

qui supportent épreuves et maladies,

heureux s’ils conservent la paix, car par toi,

Très-Haut, ils seront couronnés.

Quant à la dernière strophe enfin, c’est pour accueillir par un chant la mort que François l’a composée au début d’octobre 1226.

Loué sois-tu, mon Seigneur,

pour notre soeur la Mort corporelle

à qui nul homme vivant ne peut échapper.

Malheur à ceux qui meurent en péché mortel,

heureux ceux qu’elle surprendra faisant ta volonté,

car la seconde mort ne pourra leur nuire.

mercredi 17 janvier 2007 (12:02 am)

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 41 min

Sauvegarde : j’essaie, presque les larmes dans les yeux, comme si je prenais congé de la vie, de mettre bout à bout (pour Julie aussi et sa thèse) carnets, journaux et autres écrits de brouillon. Du coup, je me dis que je devrais mettre aussi un peu d’ordre dans la documentation et les enregistrements des spectacles. Je « visionne » comme on dit le Traité III et un bout du Traité I, non sans émotion. Imagination plus libre alors ; est-ce la science qui me bride ? Ou j’étais moins désaffecté qu’aujourd’hui, ou je n’ai, en gros, plus qu’à mourir. La vie devant soi, la mort devant soi. C’est l’un ou l’autre.

J’ignore si ce retour sur moi (soi), cette idée de revenir sur le travail fait et peut-être d’en prendre la mesure et de la communiquer a posteriori (les spectacles auxquels vous avez fait exprès d’échapper), c’est comme un testament ou au contraire une tentative pour se reprendre.

Je serais heureux si je publiais, mais je n’ai même plus d’éditeur. J’aimerais avoir un ami éditeur, à qui je pourrais me confier, c’est-à-dire confier mes textes. Et qui les publierait, c’est-à-dire prednrait sur lui mon rapport au public, à la société, aux autres, toutes choses dont je suis incapable.

Je vois Astrid à midi. Je lui raconte le détail du projet Ciel ouvert. Elle ferait bien la variation sur le petit moine. Etrange. Dans cette aventure à venir, qu’est-ce qui me tient vraiment à cœur ? Le mythe du scientifique, qu’est-ce que j’en ai personnellement à foutre ? Un truc professionnel : pourquoi je ne monte pas de pièces (il faudra que je m’en explique). En l’occurrence, pourquoi je ne monte pas La Vie de Galilée. Il faut bien que j’avoue d’abord que c’est par impuissance, incapacité, mais je dois tout de suite ajouter par manque de désir. Dans le théâtre, le texte d’un autre me dérange. Pas envie de le servir. J’admire la (fausse) humilité de certains metteurs en scène qui mettent leur honneur dans cette humilité, dans la servitude à l’égard de l’Auteur. Je me mets à son service. Mais je ne veux me mettre au service de personne, pas même de l’Etat. Est-ce si grave ?

Je vois bien le « paquet » Olivier/Bibi qui me viendrait de Montaigne (le paysan pauvre de Campanie, mais aussi l’intellectuel rural et qui se méfie de la science, de toute connaissance qui est présomptueuse. Une vague foi vide contre les prétentions de la raison. Je vois le « paquet » Marie-Céleste, mais après ? Tout ce qui concerne la libido sciendi. Difficile à représenter. Le petit moine qui se jette sur les liasses de Galilée…

Où je serais (le vif su sujet pour moi) : entre la volonté de ne rien savoir (je ne crois pas à la pensée, à la science ?) et le désir de savoir, cette passion-là.

dimanche 14 janvier 2007

Classé dans : Journal 2005 à 2007 — admin @ 18 h 42 min

Pouvoir dire, dans une espèce d’éclat de rire : j’aime la vie, comme le fait Barbara à la radio à l’instant (et elle est morte il y a dix ans). Terrible radio. Est-ce que j’aime la vie ? Le désastre est plus fort. Il faudrait reprendre tout par l’écriture pour pouvoir dire comme Montaigne après tout ce travail d’écriture : pour moi donc j’aime la vie. Je ne peux pas me faire à l’idée de me défaire de la vie. C’est l’animal qui parle. Je n’ai pas inventé la tristesse, merde. De même que je n’ai pas inventé la mort. La vie ? Je suis passé par là.

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