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dimanche 21 décembre 2008

Classé dans : Journal 2008-2 — admin @ 11 h 44 min

La « couleur du ciel », selon la radio (on ne dit plus météo), en ce premier dimanche d’hiver. Bleue, la couleur. Du soleil, et température assez clémente.

Vivre toujours dans le même fuseau horaire abrutit.

À supposer que j’aie un jour l’occasion de continuer mon travail au théâtre, est-ce qu’un exercice sur la bêtise entrerait dans le cadre de la recherche sur la croyance, cet Art de ne croire en rien ? Une idée : bêtise d’entêtement (je m’enferre, je m’enferme dans telle ou telle pensée) et la bêtise d’adaptation (sociale). Intempestivité et opportunisme. Suradaptation.

—à propos d’adaptation, tu devrais en faire une de L’Illustre Gaudissart.

Théâtre & son trouble. Le suicide est dans le livre comme le ver est dans le fruit. Et c’est bien le moins que je me doive, ayant trop tardé à me mettre à ce travail d’écrire. Le prix à payer pour racheter cet atermoiement.

Un commencement : si j’étais faiseur de livres, et qu’il me prenait fantaisie d’écrire sur le théâtre, je commencerais par l’évocation, le récit du démontage après la dernière. Le pathos de l’événement. Le démontage du décor un soir de dernière… Pas envie de battre des ailes, comme je disais dans l’ “Avertissement“.

Pasticher Deleuze qui parlait de la concurrence que le marketting faisait à la philosophie en lui reprenant le concept de concept et qui montrait son entrain à remplir sa tâche : créer des concepts « qui sont des aérolithes plutôt que des marchandises » (Qu’est-ce que la philosophie ? 16) Fabriquer des aérolithes, un rêve.

Temps qui me paraît lointain, où j’écrivais : « l’idée, un peu paradoxale s’agissant de moi, de l’artiste privé, comme Deleuze parle du penseur privé. Moi qui suis d’un côté un intellectuel d’État et de l’autre un artiste du théâtre public. Pourtant cette notion de privé convient bien à ma situation d’idiot. Et à ma solitude face à mes spectacles qui ne sont que des aventures personnelles, les petits jeux que je joue avec le destin (pompeux). Un spectacle n’est pas comme un sujet de thèse qu’on dépose (pour construire un objet dont on sait déjà quelle récompense on en attend). Ce sont des coups de dés, à chaque fois. Il y a aussi le fiat : que ce spectacle soit, et je me débrouille pour qu’il existe ; après c’est une affaire de qui perd gagne. Mais en art qui perd, ne gagne pas. Ou qui ne gagne pas, perd. Mais si je vous parle théâtre, je ne suis capable de parler que du mien, et il n’intéresse guère que moi, et encore. Je ne vois même plus dans quelle histoire, si histoire il y a encore, je pourrais être inscrit. Mes écrits ne peuvent qu’être l’écho sourd, mat, de mon idiotie. Une affaire singulière. Est-ce que pour autant il faut répondre à Nathalie Heinrich qui a l’air de critiquer les artistes au motif qu’ils auraient l’outrecuidance aristocratique de quêter leur singularité ? On en est là qu’il faille tout ratiboiser ? N’essayez pas de sortir des masses comme on sort du rang (geste typique du sociologue qui tente de se distinguer en critiquant la distinction). Grande idée : une société vraiment démocratique n’a pas besoin d’art. Elle touristifie son passé prestigieux et patrimonial quand le cas se présente, et, à part ça : du pain et des jeux, du travail et de la culture. Mais attention, la critique du divertissement de masse n’est pas si aisée. Sous le divertissement se cache le plaisir que ces sociétés légitiment sans complexe. Le divertissement est un droit de l’homme. Maudite aussi soit la part maudite.» Paroles mortes, pas seulement gelées, hélas.

Théâtre (suite & fin). Pourrais-je dire : j’ai été honnête, sincère (voir supra) ? Ou j’ai fait semblant ?

Faut-il parler du public, et comment ? Je n’ai jamais cherché à supprimer l’antagonisme comédien/spectateur, dont parle Müller dans son entretien avec Heise. Le public : la bestia nera, disaient les comédiens de la Commedia dell’arte.

Toujours les restes.

(Ai-je déjà utilisé ce texte ?)

Je reprends, après tout…Ici, c’est-à-dire maintenant, je voudrais revenir sur le dialogue (mieux que je n’ai fait jadis dans ma « conférence » sur le sujet au Théâtre de la Colline. Le dialogue, c’est l’humain (ou le contraire. Heideggerisons un brin : il dit, inspiré par Hölderlin, Heidegger déclare : « nous les humains, nous sommes un dialogue », ou quelque chose comme ça (<H et l’essence de la poésie). Donc parler d’un dialogue homme/machine est une aberration, le chiffre même de la déchéance de l’homme, le chiffre du désir technique. Notre fondement est dans le langage ; le langage se vit dans le dialogue. Hölderlin dit : « depuis que nous sommes un dialogue et que nous pouvons ouïr les uns des autres ». On suppose le pouvoir entendre. « Le dialogue et son unité sont le support de notre réalité humaine ». Et c’est cela qui fait que nous sommes historiques. Ou bien : le langage s’historialise comme dialogue. Il faut que le monde devienne parole et non pas que l’homme devienne machine. C’est là que ça se tient. Quel est l’événement fondamental de la réalité-humaine ? Le langage ou la technique. C’est pour cela que Bond doit absolument affirmer que la machine n’a pas de langage (sait-il d’où vient ce qu’il dit ?)

Riche en mérites, c’est poétiquement pourtant

Que l’homme habite sur cette terre.

Et si on se dit que c’est techniquement que l’homme vit sur cette terre. Inconciliable. Si je ne pense pas (parce que sans doute cette pensée est au dessus de moi) que c’est la nomination qui est fondatrice des dieux et de l’essence des choses ? Ce que veut passionnément Heidegger, c’est un fondement ; la réalité humaine doit être poïétique pour être fondée ; par conséquent elle est un don, pas un mérite, comme l’est la technique. La pensée de la technique : l’homme s’est fait lui-même. C’est un être méritant. Est-ce la poésie qui rend possible le langage, ou la technique ? Notons que Heidegger parle d’un poème « que nous devons reconnaître comme la plus pure poésie de l’essence de la poésie et qui commence ainsi :

Comme au jour de fête, lorsqu’un paysan

Le matin sort pour voir la campagne… (247)

Notons que ce jour-là, bien sûr, le paysan ne va pas travailler la terre… Tous des frappés d’Apollon. Oui : à quoi bon des poètes en un temps de détresse ?

« Nous demandons seulement un peu d’ordre pour nous protéger du chaos. Rien n’est plus douloureux, plus angoissant qu’une pensée qui s’échappe à elle-même, des idées qui fuient, qui disparaissent à peine ébauchées, déjà rongées par l’oubli ou précipitées dans d’autres que nous ne maîtrisons pas davantage. » (Deleuze QLP ? 189) d’où le théâtre pour fixer ce vertige. Sinon le cinabre est tantôt, etc… Mais le chaos n’est pas un grand mot : je lutte contre mon petit chaos (avec parfois des échos, des résonances avec le grand ?) Chaque spectacle, un chaosmos, comme disait Joyce ? Prétentieux.

Malaise à le relecture du fatras du Théâtre et son trouble. Je me dis que le plus salutaire serait peut-être d’abandonner tout ça, consacrer son esprit à tout autre chose : ne plus parler de Montaigne, du théâtre tel que je l’ai fait, de Musil, de toutes mes scies, sortir de toutes les ornières dans lesquelles je suis tombé, renoncer à mes ritournelles (oui, ritournelle est le bon mot) et faire tout autre chose. Une telle stratégie “nœud gordien“, est-elle véritablement envisageable ? S’occuper des mamouths ou de la civilisation du phoque, etc. Mais il est bien tard pour acquérir une compétende dans une discipline nouvelle, quelle qu’elle soit. Dans la lettre à Jeanne, une chose juste : si je n’aime pas la fable, pourquoi suis-je aller me fourrer dans un secteur où la fable est reine. Perversité, masochisme ? Il conviendrait de faire la lumière là-dessus.

La piste narrative (romanesque) : « j’aurai passé le plus clair de mon temps dans des salles obscures. »

Un commentaire »

  1. trusted@pillspot.com » rel= »nofollow »>.…

    hello….

    Rétrolien par wayne — 27 octobre 2014 @ 9 h 57 min

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