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vendredi 26 décembre 2008

Classé dans : Journal 2008-2 — admin @ 11 h 48 min

Neige.

Mon étrange artaudisme. Je n’y ai jamais vraiment réfléchi, mais le titre choisi, la référence explicite ne doit pas tout au hasard ou au goût de la formule. Mais reprenant ces notules, je me rends bien compte qu’il y a des artaudèmes sérieux, bien que le résultat ait peu à voir avec le fou de Rhodez, pour la raison que mon théâtre est on ne peut plus textocentriste. Et ne fait pas trop dans l’oriental. Ni dans le prophétique ou l’annonciateur.

Pourquoi je me suis toujours fait une haute idée du théâtre (du moins jusqu’à ce que j’en fasse). Parce que c’était un sous-produit convenable de la grande littérature. C’est ce fonds idéologique qui m’a « persuadé » de faire du théâtre.

Pour reprendre la chose dans des termes à moi : hors-piste ou fausse route.

—mais je ne pouvais pas faire autrement.

Chandos : « mon cas, en bref, est celui-ci : j’ai complètement perdu la faculté de méditer ou de parler sur n’importe quoi avec cohérence.» Tout est parti de là : si je n’avais pas perdu la faculté de méditer et de parler avec cohérence, je n’aurais pas fait de théâtre. J’ai fait du théâtre par faiblesse d’esprit. Misfitness, ça se dit. Beienvenue au club. Misfitnessclub.

Pour servir au paquet : “Je n’ai jamais réussi à jouer de rôles“. Mari, professeur, journaliste, metteur en scène, citoyen, même, je ne suis jamais entré dans la peau du personnage, mais j’ai accepté sans discuter les rôles que la génétique (le biologique) m’a invité à tenir : le rôle de fils, de père, de grand-père. Bientôt je ne pourrai refuser le rôle de mort pour mon dernier spectacle, mes funérailles. Penser à les régler. Pas d’idées là-dessus encore, il faut que j’y travaille.

Matériau filiation : on nous dit comme si de rien n’était que la première dame de France ( je ne comprends pas cette expression, il n’y a pas d’élection pour désigner ladite première dame…) va profiter de son séjour au Brésil pour rendre visite à son père biologique.

Les petits accidents d’une vie bien tempérée. Une phrase.

Je me rends bien compte que dans ce fatras du Trouble, tout ce que je dis sur le comédien comme bête curieuse est bien superficiel ; je me contente de répéter à longueur de fichiers la même chose, d’année en année, sans vraiment travailler le sujet. Ce trouble est un malaise profond, qui va désormais jusqu’au rejet, un rejet mêlé d’une réprobation presque morale. Oui, oui. Quand je répète que je ne tiens au théâtre que par le comédien, par curiosité pour lui, je mens, du moins aujourd’hui je mentirais en le disant. Je ne quitte pas le théâtre de mon plein gré, c’est vrai, mais je peux affirmer que je ne regretterai pas grand-chose, pas les comédiens en tout cas. J’aurai vécu près d’eux, les comédiens-comédiennes, je me serai servi d’eux aux fins de mes petites entreprises sans les comprendre at all, en fait sans réelle curiosité pour leurs manières de faire. Je suis resté très superficiel là-dessus. Ou désinvolte. Et au cours de ces pages, je mélange et confonds toujours deux questions différentes : pourquoi je ne suis pas comédien et ma soi-disant curiosité pour l’art du comédien.

Il faudrait que je retrouve la citation de Nietzsche que j’ai déjà surexploitée de ci de là, dans lequel il parle de la joie de dissimuler et de l’excédent de facultés d’adaptation. Lié à la perte de « caractère ».

Je colle à ma peau. Donc pas d’excédent de facultés d’adaptation.

Comme dirait Nietzsche, l’Europe est devenue de plus en plus « artistique ». Nous autres Européens, nous avons tous un rôle à jouer, et on nous fait croire que nous  pouvons choisir nôtre rôle. Mais nous nous confondons avec notre rôle. Le rôle que je joue est devenu mon caractère propre. L’art s’est fait nature. Il y a des époques véritablement démocratiques, les Grecs de Périclès, les Américains d’aujourd’hui, « des époques où l’individu est persuadé qu’il est capable de faire à peu près toute chose, qu’il est à la hauteur de presque tous les rôles, où chacun essaie avec soi-même, improvise, essaie à nouveau, essaie avec plaisir, où toute nature cesse et devient art. » (cf. Gai savoir 222) Et les Grecs, comme comédiens, devinrent fascinants.

Terminés les âges de pierre, l’âge des constructeurs. C’est dire que le comédien ne construit rien. « Nous ne sommes plus des matériaux pour une société. » (ibid.223) Est-ce que cela a un rapport avec mon goût pour les matériaux ? Le matériau contre le personnage.

(Dur, d’essayer d’écrire sans fumer, ceci dit en passant)

Le théâtre comme expérience du révolu.

Un commentaire »

  1. poplar@lonesome.nashville » rel= »nofollow »>.…

    thank you!…

    Rétrolien par miguel — 12 août 2014 @ 15 h 51 min

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