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lundi 29 décembre 2008

Classé dans : Journal 2008-2 — admin @ 11 h 50 min

Déblayer le terrain : on va toujours seul à la mort.

Rien de plus pathétique qu’un artiste qui ne connaît pas la faveur du public (redite).  Délabrement. Suis-je même capable d’analyser pourquoi je n’écris pas ce petit texte sur la photographie ? Incapable de concentration, terreur panique devant les mots à aligner, comme devant des haltères trop lourdes pour moi. Tout est devenu au dessus de mes forces. Je ne comprends même plus où j’avais trouvé l’énergie de faire des spectacles, l’endurance. Le théâtre comme épreuve d’endurance.

Un autre début : la photographie est fatale au théâtre. C’est pourquoi je me méfie des photographes de théâtre.

Ce que je ne comprends pas : l’intérêt que le photographe porte au théâtre. Il s’agit de faire de la photographie ? Le théâtre se prêterait à la photographie ? Mais pas tout théâtre, heureusement.

Être dans le bain : ne pas photographier depuis la rive.

(Pendant ce temps Sibony (La haine du désir) pérore sur la crise en jouant sur les mots, ben voyons.) Crise, ça vient du grec…

—certes.

(Car pour moi, les photographes exécutent le spectacle, au sens où ils l’achèvent. J’ai remarqué qu’après la séance photo, c’et terminé pour moi, le spectacle est mort pour moi. Il appartient aux spectateurs dont les photographes photographient comme par avance le point de vue.)

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre. Non, ce n’est pas une boutade ; je sais bien qu’elle a passé et passe le plus clair de son temps dans des salles de spectacle, l’objectif aux aguets.. Elle ne photographie pas le théâtre comme font les professionnels de la profession qui viennent, par exemple, le soir de la séance photo mitrailler le spectacle et, selon moi, pour le tuer. D’où vient qu’on puisse immédiatement reconnaître une photographie de théâtre, que celle-ci accuse le théâtre ; le photographe aime le cliché, donc fait des clichés de théâtre, avec rigidité cadavérique en prime. Viennent faire des clichés donc aiment le théâtre cliché, celui qu’on identifie tout de suite. Le théâtre mort. On a compris que je me méfie de la photographie de théâtre qui est fatale au théâtre (et peut-être à la photographie aussi, à quelques exceptions près) parce qu’elle manque le théâtre qui est corps en mouvement et voix. Qui est dans le temps, pas dans l’espace. Le prédateur : qui traque ; tirer sur ce qui bouge pour l’immobiliser définitivement, dans le jargon, on dit éterniser.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre pour photographier le théâtre. Question de posture : elle ne fait pas partie du peloton d’exécution ; elle n’est pas devant le spectacle pour le « shooter », c’est dire aussi qu’elle n’occupe pas, comme le photographe ordinaire, le point de vue du spectateur. Elle est si l’on peut dire plus radicale (elle prend les choses à la racine). Elle ne photographie pas pour le spectateur mais dès le début du travail, elle est dedans, et donc, plutôt que d’occuper la place du prédateur, elle viendrait plutôt assister/participer à l’accouchement, à la naissance du théâtre, c’est-à-dire à sa nature. Mais je ne crois pas pour autant qu’elle photographie du point de vue du comédien, du metteur en scène ou de tout autre fabriquant du spectacle. Pour sacrifier à l’universel reportage.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre. Soit, mais vous êtes en droit de me demander ce qu’elle fait au juste (juste une photo, une photo juste ?). Je serais bien en peine de répondre. Si on m’obligeait vraiment, je crois qu’elle est là pour faire de la photographie, comme nos sommes là pour faire du théâtre, en ne sachant pas préalablement ce que c’est que la photographie ou ce que c’est le théâtre ? Justement photographier la nature du théâtre, sa manière de naître, ce n’est pas savoir avant d’actionner le déclencheur ce que c’est que le théâtre. Cela signifie aussi qu’elle ne photographie pas avec son œil mais avec son oreille : l’objectif écoute. Si Jacquie est dedans, ce n’est même pas pour témoigner de la naissance d’un spectacle (ce qui est son alibi social ou professionnel) mais parce qu’elle est intéressée ; qu’elle écoute ce qui se dit et épouse notre problème. Et je ne sais jamais ce qu’elle choisit de saisir ; il me semble que ça n’obéit pas à des impératifs d’image. Plutôt de l’ordre de l’échographie. Elle ne cherche pas à photographier le théâtre, mais, il me semble, à s’emparer par les moyens de la photographie de ce à quoi notre théâtre s’intéresse. Ce avec quoi il se débat : ici les formes du vivant, les métamorphoses, le prion, Prusiner.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre. On m’opposera qu’elle a pourtant consacré le plus clair de son travail à ce qui se fabrique dans ces salles obscures ? N’était-ce pas son métier ? Alors je précise : elle ne photographie pas les spectacles comme des produits finis. Pour la bonne raison qu’elle en général déjà dans la confidence avant que le travail de répétitions commence. Et les images que vous voyez ci-contre, ce sont principalement des phots du spectacle achevé, mais s’ils ont une facture particulière, c’est qu’ils sont le résultat d’un processus de travail mené au fond de conserve avec le nôtre, ou de concert. Elle est dans le secret du travail, comme l’est Nicky Rieti dans l’espace duquel, ce bifrontal séparé par une membrane d’élastiques, elle s’est promenée avec son appareil photographique, des deux côtés, côté Picasso et côté Prusiner, comme nous disions, Picasso, je ne présente pas, Prusiner moins connu des spectateurs de théâtre et même des mangeurs de steak mais qui expliqua la maladie de la vache folle grâce à une protéine infectieuse paradoxale. Etc.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre pour la raison qu’elle n’est pas devant lui, mais dedans, tombée dedans, j’allais dire. Les photographes de théâtre, les professionnels de la profession, ceux qui déboulent le soir de la séance photo mitrailler le spectacle à peine né, oui, le mettre à mort. Ils viennent le vampiriser parce qu’ils en ont après sa vie. D’où vient qu’on sache tout de suite qu’on a affaire à du théâtre. C’est qu’eux ils photographient le théâtre ; ils shootent avec l’arrière pensée de fixer le théâtre, donc le stylisent, alors qu’ils vident le théâtre de ce qui le constitue : le mouvement des corps et la voix. Façon d’éterniser l’instant. Quand je dirai à l’instant qui passe, tu es si beau…

Jacquie Bablet n’est pas une prédatrice, elle ne chasse pas. Elle ne traque pas le théâtre. Alors que fait-elle là ? On pourrait s’en tirer en disant qu’elle vient témoigner de la naissance du spectacle (on est donc loin de l’estocade ou arrêt de mort) comme pour un reportage. L’œil écoute. Elle écoute.

Je crois qu’on n’en est pas quitte pour autant. Et je parlerai de ma place. Je n’ai pas l’impression d’être flingué (les flingueurs), pas qu’on me dérobe quelque chose (pick-pocket) elle nous laisse vivre ; ce n’est pas qu’une question de tact, mais aussi de toucher. Ou pour le dire autrement Jacquie photographie comme on sourit, comme elle sourit. Pourquoi j’aime qu’elle soit là ; nous ne sommes pas « pris » en photo ; nous la laissons faire, nous nous laissons faire avec la même indifférence tranquille devant l’objectif que celle de la faune et la flore des grands fonds sous-marins. Ne me demandez pas ce qu’elle fait là ; demandez-lui plutôt. Je gage qu’elle fait de la photographie. Ma récompense, c’est aussi que l’occasion théâtrale permette à chacun de faire ce qu’il a à faire, le scientifique de la science, ainsi que le dit Prochiantz, et le photographe de la photographie. Elle photographie la photographie. J’aime que l’on voie d’abord une photographie et pas le théâtre, la petite commotion.

Finir dans un sourire. Et l’énigme des sourires.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre. On m’opposera qu’elle a pourtant consacré le plus clair de son travail à ce qui se fabrique dans ces salles obscures ? N’était-ce pas son métier ? Alors je précise : elle ne photographie pas les spectacles comme des produits finis. Pour la bonne raison qu’elle en général déjà dans la confidence avant que le travail de répétition commence. Et les images que vous voyez ci-contre, ce sont principalement des photos du spectacle achevé, mais s’ils ont une facture particulière, c’est qu’ils sont le résultat d’un processus de travail mené au fond de conserve avec le nôtre, ou de concert. Elle est dans le secret du travail, comme l’est Nicky Rieti dans l’espace duquel, ce bifrontal séparé par une membrane d’élastiques, elle s’est promenée avec son appareil de photos, des deux côtés, côté Picasso et côté Prusiner, comme nous disions, Picasso, connu de tous, Prusiner moins connu des spectateurs de théâter et même des mangeurs de steak mais qui fut celui qui expliqua la maladie de la vache folle grâce à une protéine infectieuse paradoxale.

Jacquie Bablet ne photographie pas le théâtre pour la raison qu’elle n’est pas devant lui, mais dedans, tombée dedans, j’allais dire. Les photographes de théâtre, les professionnels de la profession, ceux qui déboulent le soir de la séance photo mitrailler le spectacle à peine né, oui, le mettre à mort. Ils viennent le vampiriser parce qu’ils en ont après sa vie. D’où vient que devant leurs photos, on sache tout de suite qu’on a affaire à du théâtre. C’est qu’eux photgraphient le théâtre ; ils shootent avec l’arrière pensée de fixer le théâtre, donc le stylisent, alors qu’ils vident le théâtre de ce qui le constitue : le mouvement des corps et la voix. Façon d’éterniser l’instant. Quand je dirai à l’instant qui passe, arrête-toi tu es si beau…

Jacquie Bablet n’est pas une prédatrice, pas une chasseuse. Elle ne traque pas le théâtre. Alors que fait-elle là ? On pourrait s’en tirer en disant qu’elle vient rendre témoignage de la naissance du spectacle (on est donc loin de l’estocade ou arrêt de mort) comme pour un reportage. L’œil écoute. Elle écoute.

Je crois qu’on n’en est pas quitte pour autant. Et je parlerai de ma place. Je n’ai pas l’impression d’être flingué (les flingueurs), pas qu’on me dérobe quelque chose (pick-pocket) elle nous laisse vivre ; ce n’est aps qu’une question de tact, mais aussi de toucher. Ou pour le dire autrement Jacquie photographie comme on sourit, comme elle sourit. Pourquoi j’aime qu’elle soit là ; nous ne sommes pas « pris » en photo ; nous la laissons faire, nous nous laissons faire avec la même indifférence tranquille devant l’objectif que celle de la faune et la flore des grands fonds sous-marins. Ne me demandez pas ce qu’elle fait là ; demandez-lui plutôt. Je gage qu’elle fait de la photographie. Ma récompense, c’est aussi que l’occasion théâtrale permette à chacun de faire ce qu’il a à faire, le scientifique de la science, ainsi que le dit Prochiantz, et le photographe de la photographie. Elle photographie la photographie. J’aime que l’on voie d’abord une photographie et pas le théâtre, la petite commotion.

Finir dans un sourire. Et l’énigme des sourires.

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