jeanfrancoispeyret.fr

Les journaux de Jean-François Peyret, 2001 à 2008, sont téléchargeables ici

lundi 27 juin 2005

Pas mal d’avoir des dialogues écrits plutôt que joués.

carton 1 : dialogue

-le public est entré. Premier problème à résoudre : comment commencer un spectacle post-dramatique ?

-pourquoi post-dramatique ?

-tu n’as pas lu la presse ? La presse parle de « déferlante post-dramatique ». La presse conservatrice (qu’en termes galants…) semble vouloir préférer regarder le Tour de France.

-Je les imagine ! Mais attends, les vélos, ça bouge tout le temps ; c’est beaucoup plus difficile à regarder, le Tour de France, qu’une pièce de Tchekhov ou de Molière, plus difficile que le théâtre pas post.

-post-dramatique ?

-le texte n’est plus l’enjeu central…

-ah bon ? Mais pour moi, il le demeure.

-ne le dis pas trop fort.

-mais si, cela serait un bon sujet de conversation avec mon ami Jan F. Est-ce que le mot est plus fort que la chose ? Voir ou écouter, c’est toujours la même vieille question.

-de même que, comme disait Heiner Müller, la description de la torture est plus difficile que la torture.

-ce n’est pas tout à fait pareil. Mais je rêve d’un théâtre dans lequel entendre le mot (ou même lire)  CHIER, PISSER, FOUTRE, SAIGNER, SUER ou je ne sais quoi, soit plus fort que la vision de la chose.

-tu es une vieille pouffiasse littéromane, comme disait l’autre. Et ça ne me dit toujours pas comment commencerait le spectacle, post ou pas post.

-par où commencer ?

-faire comme Poincaré : « Au lieu de suivre une marche linéaire, son esprit rayonnait au centre de la question qu’il étudiait vers la périphérie. De là vient que dans l’enseignement et même dans la conversation ordinaire, il était souvent difficile à suivre et parfois même obscur. Qu’il exposât une théorie scientifique, ou qu’il contât une anecdote, il ne commençait presque jamais par le commencement. Mais ex abrupto, il lançait en avant le fait saillant, l’événement caractéristique, ou le personnage central, personnage qu’il n’avait point même pris le temps d’introduire et dont parfois son interlocuteur ignorait jusqu’au nom. »

-bon, alors je commence. Imagine. Le public est entré. Stéphane (ou Eric en alternance) se rend à son poste (son) et donne à entendre un début de musique. Toujours l’oreille. Ainsi fait Pierre qui s’installe à ses machines à faire des images, et se met à bricoler. Cette note (notule) dramaturgique (comment appeler ça, une vile astuce méta ou post). Quelques images aussi, par saccades, je pense. Puis vient la scène des trois comédiennes au jardin, qui, en fait, est à cour.

-les trois sœurs ?

-si tu veux. Pendant ce dialogue, Alexandros entrera.

-dialogue à propos de Sophie K, leur héroïne et de Une Nihiliste.

(Dialogue : on en marque le début, puis : etc.)

-Alexandros met fin à ce dialogue d’exposition. Je te dis que c’est du théâtre classique. (traditionnel, quoi) (musique sur fond de bouleauxs)

-Vera Goncharova était une lointaine parente de Pouchkine ; elle vint trouver Sophie K pour lui demander comment elle pourrait aider les populistes qui avaient été arrêtés. En réalité, Sophie utilisa ses relations avec Dostoïevski pour aider Vera à rencontrer le prisonnier politique Pavlovski. Dans la fiction, Sophie K minimise son propre rôle. La réalité a dépassé la fiction en brutalité : Pavlovski s’échappa de Sibérie et vécut un temps à Paris avec Vera mais il était cruel et violent. En 1882, Sophie, voyant combien Vera était malheureuse, lui donna de l’argent et son passeport pour qu’elle retourne en Russie. Plus tard Pavlovski menaça Sophie de lui jeter de l’acide au visage si elle ne lui révélait pas l’adresse de Vera.

Maria Jankowska-Mendelson demanda un jour à Sophie pourquoi elle n’avait pas écrit l’histoire vraie :

—vous savez, ici à l’Ouest notre vérité russe ne paraît pas plausible et n’aurait ému le lecteur que comme une fantaisie morbide.

—MOI : et ça la foutait mal, que Pavlovski ait été un type sordide.

( à la fin de la musique, Graham entre)

-fin de la musique. Je sens que ce serait le moment de faire entrer Graham, mais je ne sais pas trop comment, ni pourquoi.

(Graham donne le résultat du prix Bordin)

-intérieur grande loge (peut-être sur filmé sur l’écran de l’ordinateur)

(scène comme répétée)

(identique P3 jusqu’au retour de Olga auprès de Markeas. Qqch à l’écran sur l’impossibilité de la biographie qui peut être relayé par Graham ; scène du scénario ; Olga sort du plateau et entre dans l’image, rejointe par Nathalie. Scène de la toile peinte et des fleurs. Graham sur le plateau commente la scène en donnant de la biographie ; dificulté d’incarner, et tout le tremblement. Nathalie entre avec les souvenirs d’enfance, suivie de Olga ; Elina entre plus tard )

-ici il me semble qu’il serait grand temps que Graham dise quelques mots sur notre entreprise qui ne saurait être biographique. Biographes, je vous hais, détrousseurs de cadavres, etc. Le biographe est pour Freud ce que le créationniste est pour Darwin.

-pourquoi devrions-nous être intelligibles aux autres ? et à nous-mêmes ?

-nous, notre problème, ce n’est pas de comprendre Sophie K ; mais de vivre quelques temps en sa compagnie.

-ou de la faire vivre quelques temps dans notre compagnie.

-vivre est une expérience, vivre n’a pas de sens. Une quête d’expériences.

-s’interdire de parler de sa mort.

-chut !

-d’accord.

-tenir le hasard pour indigne de décider de notre destin, ce n’est rien d’autre qu’une rechute dans la conception religieuse du monde.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article. Adresse web de rétrolien

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress